Moins de 2000 kilomètres séparent Séoul de Tokyo. Première excellente nouvelle le voyage fut court. Deuxième bonne nouvelle quelques degrés celcius différencient les deux villes et c’est en faveur de Tokyo. J’arrête ici les considérations touristiques.
Dès mon arrivée j’ai pu discuter avec des responsables économiques français du secteur des TIC. Toutes les entreprises qui comptent sont présentes au Japon soit à travers des filiales soit par des bureaux de veille. Leur regard sur les réalités japonaises du secteur est plus mitigé qu’on l’aurait cru vu de France. Les équipementiers japonais pourtant très puissants ont raté le tournant des téléphones mobiles. L’importance du marché local fait paradoxalement leur faiblesse : ils pensent d’abord à définir des standards différents qui les handicapent dans un deuxième temps à l’export. Sur la télévision mobile, les avis sont partagés. Est-elle correctement financée par la pub ? Ou est-elle toujours en recherche de son modèle économique ? En tous cas le choix qui a été fait est celui de la télévision mobile terrestre, assez logiquement pour le pays le plus câblé du monde.
Les visites de l’après-midi sont consacrées au paiement sans contact. Enfin surtout au paiement et au porte-monnaie électronique. Chez seven and eleven d’abord, une chaîne puissante d’épiceries de quartier qui a développé une carte de paiement, « nanaco », et des services associés (réservations et achats culturels et touristiques, paiement des impôts et des factures d’eau, de gaz et d’électricité, participation à des enchères Yahoo ! et livraison des objets à l’épicerie du coin). En fait le modèle se développe beaucoup du fait de la faiblesse des banques sur ce secteur, puisqu’elle n’ont pas pu se mettre d’accord sur un standard commun. J’achète un sushi et une bouteille de thé glacé. Pratique mais pas révolutionnaire. Le Sénateur Le Grand casse une bouteille de nuoc man dans l’épicerie, mais on ne me la facture pas. Tant pis, j’étais prête à payer, à l’étranger il faut être solidaires, pas question que la France laisse des ardoises !
On enchaîne chez JR East, la plus puissante compagnie ferroviaire nippone, qui a développé sa propre carte de paiement, « suica ». Paiement des billets, réservation de supplément 1ère classe directement dans les wagons, micro-achats dans les boutiques des gares et dans certaines épiceries, …. C’est navigo + monéo. Un souci cependant : comme chez seven and eleven, la question « quelle exploitation faites vous des données personnelles ? Du marketing ? De la vente de fichiers ? » n’obtient pas de réponse claire. JR East a même prétendu avoir tout juste commencé à y penser. Il est vrai que dans leur cas les seules économies réalisées par la mise en place du service suffisent à le justifier.
Je finis la journée en dînant avec quatre « prospectivistes », experts et scientifiques de haut niveau : messieurs Kurokawa, Kokuryo, Yoshikawa, et Aizawa. La discussion est enlevée et variée. Chacun s’accorde à dire que l’avenir est peu prévisible ces temps-ci. Ils s’inquiètent de la difficulté à se projeter dans l’avenir, et à le penser. Nous avons une discussion intéressante sur les fichiers et la gestion des données personnelles. L’un d’entre eux (pas de noms….) y voit un pouvoir considérable et propose une alliance franco-japonaise pour concurrencer Google… Kurokawa voudrait la société japonaise plus concernée par les questions de transparence. Tous ces messieurs s’accordent finalement à trouver que le vrai problème du Japon est que les japonaises n’ont pas assez d’enfants, et nous demandent les bonnes recettes françaises en la matière. Ne riez pas c’est très sérieux. Je crois pour ma part qu’une des clefs, paradoxale mais certaine, est bien le travail des femmes. Le modèle français incite à travailler et élever des enfants en même temps et y voit assez largement un critère de réussite. Là où le modèle japonaise donne à la femme moins d’indépendance : et elle se venge ! On a parlé retraites aussi car du coup le Japon vieillit rapidement. Et il semble que le système informatique de calcul des pensions ait connu des bugs qui mettent en émoi tous les bénéficiaires présents ou futurs, car on ne sait plus qui a droit à quoi. Grandeur et difficultés du numérique.
(Les photos se trouvent ici.)
