
La semaine dernière, j’ai présidé un colloque sur la crise. Plus exactement sur les mots de la crise. Il ne s’agissait pas de refaire un énième débat sur la gravité de la situation économique et sur les moyens de sortir du tunnel. En organisant cette rencontre je voulais comprendre le ressenti des Français. Pour cela nous avons fait appel à un institut qui se sert des mots pour cerner les valeurs des Français, leur état d’esprit face à la crise, leurs doutes, leurs espoirs, leurs craintes… La méthode de cette enquête est assez originale : on soumet à 1500 personnes le même échantillon de plus de 200 mots. On leur demande ce qu’évoquent ces mots. Par exemple est-ce que «richesse», «morale», «marché», «justice», «souplesse», «attachement»… évoquent pour vous quelque chose de positif ou de négatif ? D’agréable ou de désagréable?
Ce qui ressort de cette enquête sort plutôt des idées reçues. En fait les Français sont loin de partager les mêmes sentiments sur la nature de cette crise, sa gravité et les craintes qu’elle suscite. Il y a des «repliés», ceux qui ont tendance à ne pas sortir de leur travail et de leur famille. Il y a des «battants», des Français qui se sentent prêts à affronter les difficultés et qui voient dans la crise une occasion de rebondir ; des «réformateurs», ceux pour qui la crise est l’occasion d’améliorer le fonctionnement de notre modèle économique contrairement aux «rebâtisseurs», qui estiment que notre société doit être changée radicalement. Il y a enfin les «sinistrés», les personnes les plus pessimistes, en général les plus exposées aux conséquences de la crise.
Reste un sentiment communément partagé, la crise est très grave et elle sera longue : pour 42 % des Français, elle est aussi grave que celle de 1929 ; elle est même pire encore selon 31 % des personnes interrogées. Seuls 3 % pensent que nous en sortiront en 2009, le bout du tunnel ne viendra qu’en 2010, selon 30 % des Français, en 2011 pour 33 % et même plus tard selon 34 % des sondés.
Pour évoquer le ressenti de cette crise et les mots qui sont les plus significatifs dans ce contexte, plusieurs tables rondes avaient été organisées. Les débats ont été très vivants car à dire vrai les intervenants étaient rarement d’accord entre eux. Le politologue Dominique Reynié a estimé que nous vivions une vraie crise de civilisation ce que ne partage pas l’économiste Jean-Hérvé Lorenzi et encore moins l’historien Jacques Marseille pour qui, au fond, cette crise ressemble à beaucoup d’autres du passé. L’avocat Michel Guénaire a tenu des propos qui ont pu froissé les plus européens d’entre nous. Car pour lui la France est en quelque sorte empêchée d’agir face à la crise en raison des contraintes européennes.
Bien différente était la dernière table ronde dans laquelle Michel Datchary de Pages jaunes, Arnaud Mitre et Sébastien Badault de Google, nous ont parlé des requêtes actuelles dans les annuaires et les moteurs de recherche. C’est un révélateur très intéressant des comportements, des modes d’achat et centres d’intérêt en temps de crise. On découvre par exemple que les Internautes sont très à l’affût des bonnes affaires, que le nombre de petites annonces pour vendre des objets entre particuliers explose ou encore que les consommateurs achètent de plus en plus sur le net avec en tête la perspective de revendre plus tard leurs acquisitions. Voir, par exemple, les recherches Google à partir du mot «économiser ».
