Ce n’est pas en cinéphile que j’ai admiré ce film dit culte. Ce chef d’oeuvre de Fritz Lang, restauré et pour la première fois présenté dans sa version intégrale de 1927 par la cinémathèque française, est un monument, au sens propre, « qui avertit ». L’avertissement est toujours d’actualité. Les artistes, Madonna et Lady Gaga, pour ne citer que des femmes, ne s’y sont pas trompées.
La ville futuriste au début du XXème siècle, Métropolis, nous est familière : une cité verticale, un monde d’en haut, un monde d’en bas, des maîtres, une foule épuisée par un travail mécanique, des révoltes, des catastrophes et une femme robot qui prêche la haine. Fritz Lang a toujours renié la fin heureuse de sa fable, une réconciliation générale et un avenir radieux. Je souhaiterais démentir son pessimisme. C’est difficile, bien sûr. Une tâche vraiment politique.
Un cycle de conférences accompagne les projections du film. L’une d’elle analysera un thème sensible : « Métropolis, matrice des villes du futur ». Les villes du futur, nos villes, comment les penser pour qu’elles ne deviennent pas un cauchemar ? Paris, le grand Paris, comment le concevoir ? Comment éviter une cité coupée en deux mondes antagonistes : le paradis vert pour les privilégiés, l’enfer de la promiscuité insalubre pour les autres ? Comment organiser les transports urbains ? J’y songeais en inaugurant la première ligne de métro automatisée entre La Défense et Château-de-Vincennes. Le confort, la sécurité, l’information sur les horaires, la régularité et l’agrément d’un design coloré transforment l’image et la réalité du transport dans notre capitale. Le métropolitain devient un espace agréable, arraché à la grisaille des mondes souterrains. C’est aussi une première mondiale.
Un film et des réflexions. Je vous les livre, encore imprégnées d’une très forte émotion esthétique, avec le désir de la transformer en action.
morel
21 novembre 2011, 21:19Spontanément je répondrais par des exemples de villes agréables à vivre :
Lyon où chaque quartier de la presqu’île par exemple possède ses commerces de proximité, une place arborée qui donne le sentiment d’être dans un village, le tout avec un système de transports varié qui conjugue aussi bien les transports en commun aériens et sous-terrains que le vélo et la voiture grâce à un réseau de parking accessible.
Bordeaux avec son fabuleux tramway qui dessert largement les communes alentour et rend l’accès au centre-ville aisé . La voiture clairement y est proscrite, le tarif des parkings y contribue grandement en plus d’une rocade au trafique imprévisible et très parisien.
Comment rendre les abords des grandes villes accessibles sans que les conducteurs n’aient le sentiment que leur temps est pris en otage dans les bouchons est une réelle question. J’habite Bordeaux depuis 6 mois et le tram répond grandement à cette question : on voyage pour 2€ AR, les horaires sont riches (5 min d’attente en moyenne) et le réseau permet de circuler au-delà du centre-ville. Le fait de ne pas se sentir tributaire des transports en commun les rend plus attractifs que la voiture. Une fois leurs travaux de construction achevés bien sûr car avant c’est un enfer absolu, Dijon en est ou était un ‘exemple (politiquement aussi d’ailleurs mais là je suis hors sujet !).
Jérome
28 novembre 2011, 00:31Etrange film que je visionne souvent, fascinant, théâtral (le sur-jeu de l’expressionnisme allemand) au décor art déco et machiniste : pistons, roues dentées, cadences, numéros (ascenseur 219, 125, 717, l’ouvrier 11811), le Temps régulateur de la vie. Métropolis, cité légendaire inspiratrice d’autres films tel qu’Autopolis la cité de l’automobile (1934) récemment retrouvé ou d’autres thèmes contemporains tels que la machine omnipotente et menaçante (Matrix), l’humain robot (Robocop, Terminator), le vol de l’âme par la chimie et l’électricité, la femme guerrière ou prêtresse, le sacrifice païen (Jeanne d’Arc) et la violence faite aux femmes, le savant fou ganté (Docteur No) dont la porte de la maison s’orne bizarrement d’une étoile de David, la lutte des classes. A voir également de Fritz Lang, « M le Maudit » avec comme thème récurrent, le peuple comme force naïve, oppressée mais capable de soulèvement et de justice lorsqu’il s’organise. On comprend aisément le dérangement que ce cinéma a pu procurer à l’ordre des années trente. Le taylorisme devait par l’abaissement des coûts procurer aux hommes le bonheur à bon marché mais il fut détourné pour servir l’ignominie. Que l’on se souvienne à jamais que le cœur est le médiateur entre la tête et les mains. Merci mille fois, Madame, j’irai visiter cette exposition.
Respectueusement
Jérome
jean-paul perdreau
29 novembre 2011, 17:09Dans votre analyse du film métropolis vous reprenez des idées de gauche: éviter la coupure de Paris entre l’ouest où se sont réfugier les nantis et l’est où se trouvent les plus pauvres.
C’est une bonne stratégie électorale pour faire gagner la droite qui est loin de penser la même chose que vous.
JPP