Le colloque « Nouveau monde, nouveau capitalisme » vient de s’achever.
Introduite par le Président de la République et conclue par le Premier ministre, cette rencontre a réuni des gouvernants, des universitaires et de jeunes chercheurs du monde entier, venus débattre à Paris des transformations du capitalisme et de la manière dont la crise transforme aujourd’hui notre vision du monde et transforme le monde lui-même.
Au milieu de plusieurs économistes (dont les prix Nobel Amartya Sen et Joseph Stiglitz) et de ministres étrangers et français, j’ai pris la parole ce matin pour évoquer la manière dont la crise changeait notre vision du monde. J’ai pu dire à mon tour, avec d’autres, qu’il était important de saisir la crise comme une occasion : celle de ne plus répéter les mêmes erreurs ; celle, encore et surtout, de progresser réellement, efficacement, dans la création d’institutions de régulation internationale qui soient légitimes et représentatives, et qui soient efficaces.
Notre situation aujourd’hui est bien sûr paradoxale, puisque nos économies sont toutes interdépendantes mais que nos institutions politiques ne le sont pas. Ce paradoxe a été mis en lumière et mis en défaut par la crise. De sorte que le monde ne sortira véritablement de la crise que lorsqu’il sera doté d’institutions communes. Faute de cette initiative réellement « cosmopolitique », qui prendra du temps, nous ne progresserons plus.
En marge du colloque, j’ai eu l’occasion de discuter longuement de ces questions avec Joseph Stiglitz, qui m’expliquait combien les États-Unis, quoi que puisse souhaiter le Président Obama, auront du mal à prendre de telles initiatives institutionnelles. Le Congrès américain, de plus en plus hostile à Obama, n’est guère ouvert à la régulation financière et commerciale, pas plus qu’il n’est majoritairement disposé à prévenir les bulles financières ou les folies spéculatives qui nous ont pourtant conduits là où nous sommes aujourd’hui. Là d’où, selon J. Stiglitz, nous sommes bien loin d’être sortis. Du coup, m’expliquait-il, l’Europe et les pays émergents sont appelés à prendre cette initiative. La donne internationale change, c’est indéniable. L’Europe doit continuer d’agir.

Yazid
8 janvier 2010, 23:37Par rapport au dernier paragraphe, un bémol. L’ingénierie financière complexe est souvent initiée aux États-unis. Par exemple, les subprimes sont « nés » au coeur des banques américaines. Il me semble impossible de lancer une initiative de régulation des marchés financier sans les États-unis. Car même si cela était possible, les banques non américaines seraient quand même exposées aux risques générés par les banques US (du fait qu’elles ont comme contreparties, dans le cadre de leurs autres activités de marché, ces mêmes banques américaines).
Je ne pense pas que le problème soit de prévenir ou d’éviter les bulles financières et la spéculation : ce sont deux phénomènes aussi vieux que la bourse (souvenez vous de la crise des tulipes au milieu du 17ème siècle en Hollande), qu’on ne pourra jamais supprimer. Le problème est : comment éviter qu’une telle crise ne se transforme en crise systémique du système. La réponse est sûrement multiple : régulation (revenir à une séparation du métier de banquier d’affaires et banquier d’investissement), limiter la complexité financière (utopie ?), participation des états dans l’élaboration des normes bancaires (Bâle II, etc.).
Je suis d’accord avec vous, il faut profiter de cette crise pour proposer autre chose, rapidement (on remarque, déjà, un retour de la spéculation dans les revenus 2009 des grandes banques). Une proposition (tardive) par rapport au plan de sauvegarde des banques en France : demander aux banques qu’elles « payent » le droit de se faire « sauver ». En gros, les banques françaises savent maintenant qu’elle peuvent compter sur l’État en cas de crise, pour assurer leur liquidités. C’est une « option » qui a un prix, l’état devrait exiger que les banques payent cette option.
Joseph
9 janvier 2010, 00:06NKM se met en scene avec Stiglitz, et Yazid la prend au serieux, Vilaine com’.
Et sinon, vous ensvisagez de parler de la taxe Google et autres conneries de la « commission independante Zelnik » (oxymore) et de repondre aux questions pertinentes qui vous sont posees sur Twitter, ou vous allez encore ostensiblement faire l’autruche et faire fuiter des infos dans la presse pour faire savoir que malgre tout vous trouvez ces idees stupides ?
En aparte, vous serait-il possible de cesser d’utiliser votre fonction et votre temps ministeriels pour de la propagande pour l’UMP? Le melange des genres, c’est pas vraiment ethique.
Olivier S
9 janvier 2010, 12:10La Crise fait réfléchir sans doute… Quand à croire que les choses vont changer, en tout cas, elles ne le feront pas radicalement, car les forces qui ont provoqué la tourmente que des millions de gens connaissent en ce moment me semblent encore être à l’oeuvre et ce n’est pas le vacillement économique récent du système en place qui va bouleverser leur conception du monde. Et d’ailleurs, le basculement du monde qui est à l’oeuvre avec la montée irrépressible de la Chine comme géant économique, voire plus, ne va-t-elle pas reproduire les mêmes schémas dangereux de l’autre côté du monde ? Le contraire serait douteux.
Certes renforcer les institutions mondiales est une ambition louable, mais avec les rivalités qui se créent entre les E.U. et la Chine, ce n’est pas pour demain et tant que les intérêts économiques de certains n’y trouveront pas leur propre intérêt, on peut penser la construction d’un monde unifié ira aussi vite que la construction de l’Europe aujourd’hui (c’est à dire, pas vite).
Sur ce, je vais regarder Didou(http://www2.france5.fr/zouzous/didou/) avec ma fille. Les lapins, contrairement aux traders, ne créent pas de bulles financières (bon, ils peuvent ravager les récoltes, mais c’est moins grave)
politoblog
9 janvier 2010, 22:08Madame,
Croyez vous vraiment au changement ? Si c’est sincère je suis assez inquiet de l’état des réalités que vous avez de la puissance économique. Il est malheureusement trop tard pour changer les choses. Le pouvoir politique n’a aucune emprise sur le pouvoir économique. C’est au moment de la crise qu’il aurait fallu agir.
Par exemple prenons le cas des banques françaises. L’Etat français a soutenu, comme tous les économies occidentales son système bancaire, en accordant aux banques des prêts. C’était nécessaire ! Je dois d’ailleurs dire que le Président de la République s’est montré efficace, puisqu’il a tout de suite agit, en joigant à son action toutes les chefs d’Etats. L’action ca caractérise Nicolas Sarkozy, la réflexion un peu moins. Par contre il n’a consenti que de simples prêts aux banques, au nom, je pense de la désintervention (qui était avant la crise encore un gros mot). La crise passée les banques ont remboursé leurs prêts et ne pouvaient alors plus subir aucune emprise. Il aurait fallu que l’Etat intervienne par des prises de participations dans les banques, pour qu’il ait au moins un siège dans les conseils d’administration. En plus l’affaire aurait été plus profitable.
Ex : Les paradis bancaires, prenons le cas de la Suisse. On dit au public qu’on a signé un accord. On dit au public qu’on une liste de 3000 noms d’évadés fiscaux (du petit poisson, il paraitrait qu’il y a des hommes politiques sur cette liste ?). C’est pas sur la transparence financière qu’il fallait agir mais sur le droit des sociétés des paradis fiscaux de ces Etats ! Je crée un régime de fiduciaire en Suisse, je crée une anstalts au Liechtensetein, je crée un truste dans les îles anglo normandes ou au Luxembourg. Je suis représenté dans ces paradis par un mandataire, mon nom apparaîtra jamais dans aucun listing bancaire et je ne me ferai jamais attrapé !
Ex: La taxation des bonus des traders en 2010, les bonus vont être reportés sur 2011, on va consentir aux traders des stocks, on va délocaliser une partie des activités de trading, on va créer des sociétés dans les Etats non taxés dont les traders seront désormais salariés ( ca se faisait déjà avant), on va leur verser plus de salaire … etc. Et on pourrait dérouler la liste encore longtemps !
Ex : Opel et GM en Allemagne. GM dit au gouvernement allemand, désormais on ne vend plus notre filiale. Et les 3 milliards d’euros de prêt pour la restructurations que vous avez prévu, vous allez nous les consentir. Sinon on coule Opel et on ferme toutes les usines en Allemagne. Merkel se trouve alors entre le marteau de GM et l’enclume de l’opinion !
Le pouvoir politique a perdu depuis très longtemps, très, très longtemps … La seule chose que vous pouvez peut être encore faire, c’est de faire croire aux électeurs que le pouvoir politique a une quelconque emprise sur le monde économique.
politoblog
9 janvier 2010, 22:25@ yazid
L’idée c’est que la crise engendre la crise !
En 2000 éclate la bulle Internet, prolongée par le 11 septembre. Les banques centrales baissent leurs taux directeurs pour relancer les marchés et l’économie. Un loyer de l’argent pas cher facilite le prêt et la spéculation. A l’époque Greenspan était considéré comme un génie (je n’ai jamais partagé cette opinion). En 2008 on a la crise des subprimes qui a pour causes les effets de la résolution de la crise de 2000. En 2008 les Etats s’endettent pour soutenir l’économie. Cette action aura pour conséquences de créer à terme une crise de l’endettement des Etats. Ca arrivera. Ex : la Grêce. Contrairement à ce qu’on peut penser la France est parmis les Etats les plus préservés, elle est toujours bien notée. Mais que dire de la situation outre manche ou outre atlantique. Le combat face à l’endettement est perdu d’avance ! Que va -t-il se passer les économies émergentes viendront à leurs secours, le secteur privé peut être, le contribuable surtout ! Et le prix de cette crise sera très lourd à assumer et engendrera une nouvelle crise.
Un éternel recommencement.
Fred RABEMAN
10 janvier 2010, 16:12Je comprends le souci du Président de la République pour élaborer l’environnement institutionnel permettant à l’économie de fonctionner de façon optimale. Je loue l’effort mais je constate que l’on ne sait pas bien de quoi l’on parle. Je regarde la liste des intervenants pour constaster qu’il n’a pas été fait appel aux « hommes de marché », c’est à dire les stratèges qui alimentent les bulles créatrices de forte croissance, puis les dégonflent avec pour conséquence une crise et une récession. Il est bien beau de faire appel à des Prix Nobel d’Economie, mais ceux-ci ne sont pas des intervenants sur les marchés financiers. Et si l’on voulait choisir des économistes, il faudrait déjà sélectionner ceux dont les écoles sont les plus pragmatiques en matière d’analyse des marché, c’est à dire les « behaviorist » comme le Prix Nobel Kahnemann, et les « Autrichiens » comme le Professeur Roger Garrisson. Les « policy makers » n’y comprendront rien tant qu’ils ne s’intéresseront pas de près au métier du stratège, du « Chief Investment Officer ». Pour preuve, les banques centrales et institutions internationales ne contrôlent qu’une partie dérisoire de la liquidité internationale dont l’essentiel (70%) est traité de gré à gré entre les institutionnels en toute opacité. Par ailleurs, qu’ont fait les « policy makers »? Ils ont créé une gigantesque bulle de crédit pour éponger le « credit crunch » et engendrer une nouvelle bulle de croissance qui se terminera par une autre crise. La crise était prévisible depuis au moins 2006. Certains experts – des « global macro strategists » l’ont vu venir. Ont ils été écouté? Non, bien sûr, puisque les politiques ne veulent pas entendre dire que l’économie pourrait entrer en récession, et puis de toute façon, ils stigmatisent la spéculation, c’est à dire le métier même du stratège. Je me tiens à votre disposition pour plus de renseignements.
Fred Rabeman, Directeur de Maestrade Ltd, Global Markets Strategy
Jean Mularski
10 janvier 2010, 23:38« Presque tout ce qui caractérise l’humanité se résume par le mot culture »… François Jacob (Nobel de génétique) dans, Le jeu des possibles.
Le capitalisme de la crise n’est assurément plus celui des grands marchands de Venise, Florence, La Flandre… avec ses systèmes de valeur et de civilisation.
Les mots, sens, culture, qualité, éthique, sobriété, identité, diversité… ont bien été prononcés mais il aurait certainement été intéressant d’inviter des personnalités comme Henri Guaino pour parler de cette crise également intellectuelle et morale….
Toute rencontre est une richesse !
Jean-Marc Mercier
11 janvier 2010, 08:14J’aime l’idée que le vieux continent devrait être moteur de sagesse pour l’économie, en proposant des mécanismes de régulation crédibles pour prévenir les futures crises économiques.
@Yazid Pour formuler votre idée: elle considère que la crise économique est un risque que font porter les acteurs sur les marchés. En tant que tel, les professionnels du risque devraient le prendre en compte et le provisionner. Que les investisseurs supportent le poids de ce risque est important pour le contrat social, c’est la conclusion du G20. Sur ce sujet je propose http://is.gd/639mG, qui est un texte adressé au FMI, devant rendre un rapport en Avril 2010 sur ces sujets.
Concernant l’émergence de structures internationales communes, un sujet d’attaque assez clair pourrait être celui des droits numériques sur Internet. Il rejoint d’ailleurs la sauvegarde du patrimoine culturel Français, et la protection des données personnelles (charte numérique). De manière concrète, une suggestion au secrétariat d’état à l’économie numérique serait de favoriser l’émergence d’un « Google à la Française », une initiative qu’on pourra trouver par exemple sur le site des créateurs des possibles : http://is.gd/5X3NY .
Yazid
12 janvier 2010, 00:07@Politoblog : Je suis plus au moins d’accord, l’histoire est un éternel recommencement certes, mais je ne pense pas que la crise engendre la crise, c’est plus un cycle « naturel » qui permet de réguler un système complexe à multiples variables. Au delà de la simple rhétorique, je pense aussi que les crises se reproduiront, l’important est de réduire les effets dévastateurs sur la société.
@J-M. Messier : J’aime assez bien cette idée de « quantifier le risque de crise ». Cependant, j’ai bien peur que la prochaine étape sera : couvrir ce risque. Et là, je vois déjà les banquiers créer une panoplie de produits dérivés complexes qui engendreront … un autre risque etc.
Proposition de plan d’action :
* Revenir à la stricte segmentation des activités bancaires (Banque d’investissement qui prête réellement aux entrepreneurs, Banque d’activité de marché qui assure la liquidité sur les marchés actions / dérivés, etc.)
* Créer un organisme de contrôle supra-national (méga AMF/SEC ou organisme qui les rassemble tous) : pour le partage des informations, procédures, alertes, suivi des produits complexes, etc.
* Taxe « hedge fund » qui permettra d’abonder dans un fond spécial utile lors des crises.
Jean-Marc Mercier
12 janvier 2010, 00:54@Yazid. Je ne suis pas le Messier :) Concernant ce risque, il s’agit de le couvrir, comme tous les risques. C’est ce qu’on appelle une assurance. Effectivement, une assurance, par définition, c’est un produit dérivé. Cependant les crises économiques n’ont pas attendues les produits dérivés pour exister : à ma connaissance, la première de l’histoire apparaît au troisième siècle sous Dioclétien, justement due en partie à un problème de bonus. Donc, penser que les produits dérivés ou les mathématiciens qui les conçoivent sont les responsables des crises n’est pas pertinent.
En finance, les professionels du risque sont les risk managers (banques), les agences de notations, ou les régulateurs (privés ou publics).
Plus précisément, tant que ce risque n’aura pas été compris et couvert par cette population, nous connaîtrons des crises économiques. Et je prédis que les prochaines seront plus sévères et plus rapprochée que les précédentes, parce que la technologie de l’information accélèrent les échanges sur les marchés chaque jour un peu plus.
Yazid
13 janvier 2010, 23:36@Jean Marc Mercier : oups, désolé pour l’erreur sur le nom :)
Attention, je n’ai jamais dis que les produits dérivés sont responsables de la crise. C’est juste que je doute qu’on puisse créer des produits de couverture de « risque de crise » sans influencer/modifier les paramètres de marché (idem comportement d’asservissement des amplificateurs en électronique). Mais je suis d’accord avec vous, un suivi des risques plus stricte est nécessaire, avec un contrôle indépendant, que je propose au niveau mondial (pour justement suivre les risques systémiques).
Jean-Marc Mercier
15 janvier 2010, 11:50@Yazid. :) Une remarque: si nous étions capable de mesurer ce risque, nul besoin de créer une instance internationale: avec un tel système de couverture à un niveau national, la gestion du risque de crise est mise sous la responsabilité du gouvernement, donc des citoyens. Il suffit d’imposer que les acteurs de marché nationaux soient éligibles à une aide gouvernementale proportionnellement aux montants versés pour cette provision. Plus de too big to fail ! Encore une fois, la difficulté est technique: comment mesurer ce risque, pour justifier du montant de ces « taxes » (En fait ce ne sont pas des taxes, puisque ces sommes sont à la disposition des régulateurs institutionnels pour intervenir sur les marchés et aider les acteurs nationaux en cas de crise).
François S
20 janvier 2010, 01:14« Nouveau monde, nouveau capitalisme », titrez-vous. J’aimerais y croire. Les échos que j’ai sur les pratiques actuelles dans les milieux financiers ne font, hélas, pas état de beaucoup de nouveauté. La « soif de l’or » n’a pas disparu. Mais il faut des hommes et des femmes de bonne volonté, au moins pour faire contre-pouvoir. Des institutions de régulation internationale ? Pourquoi pas … Mais cela empêchera-t-il qu’il y ait de nombreux cadavres dans les placards ? Rien n’est moins sûr. En attendant, des ex acteurs de bonne volonté de l’Entreprise se retrouvent au Pôle Emploi comme je le conte sur mon blog BD… Mieux vaut en rire ?
Christophe
22 janvier 2010, 15:08A vous croire, il y aurait « toutes sortes d’arguments juridiques, économiques qui justifiaient cette histoire de salaire » de monsieur Proglio. Je serais ravi que vous ne m’en donniez qu’un seul et de nature juridique…