Dans ces moments de grands bruits, que nous reste-t-il ?
Notre regard doit se porter au-delà de l’actualité, des chiffres assénés, des bonnes raisons ou des mauvaises. Certains pensent que tout s’écroule et que l’on complote à la fin du monde, ou du moins de l’Europe. La dette est insupportable et le Front National agite la sortie de l’euro comme remède à tous nos maux.
Face à cette agitation dangereuse, et peu adaptée à la gravité des enjeux, je crois en la subtilité, comme mode d’agir, à la distance, comme mode d’interprétation, à la détermination pour ne pas trahir ses convictions.
Je crois à ceux qui sont en mouvement, qui tracent le chemin que d’autres n’auront plus qu’à suivre. Je crois à ceux qui travaillent à l’ouverture d’un nouveau chapitre de la construction européenne. Nous en sommes là. L’Europe en est là, à se reconstruire, discrètement, mais avec force, dans l’ennui d’une crise dont l’ampleur a surpris.
Aujourd’hui Angela Merkel et Nicolas Sarkozy sont au milieu du gué. Couple politique tellement contemporain, ils se lèvent et affrontent cette crise mondiale depuis des semaines et des mois. Ils fabriquent à nouveau l’endroit de nos fiertés, de nos identités, une Europe qui, depuis le sommet de Nice et les égarements d’un référendum maladroit, était en panne. La voilà, au premier rang à nouveau. Grâce à eux deux. On ne parlait plus de cette Europe que pour en préparer la chute. Et c’est tout le contraire qui advient. 2011 est à l’image de 1989 : c’est une année de reconstruction.
L’épreuve passe par l’Euro. Je comprends le désarroi américain, la haine accumulée par certains depuis 1992 face à l’apparition de l’Euro, nouvelle monnaie à statut mondial, et à la nécessité du partage depuis vingt ans de la richesse, du pouvoir et de la parole. Je comprends nos hésitations, nos peurs.
Mais nous devons garder le cap. C’est difficile. Tant de voix, autrefois sages, résonnent pour que la Grèce sorte de la zone Euro. La mienne ici peut paraitre bien frêle, elle porte mon engagement : la démocratie, la solidarité, la paix. Car, enfin, l’Europe, c’est tout cela. Lui tourner le dos, c’est prononcer le cataclysme, entrer dans une période noire, où la ruine dévasterait tout ce à quoi nous tenons.
Je le redis : nous sommes en reconstruction. Aucune révolution n’ignore le passé, ni les traditions. Elle ouvre un temps nouveau, une éclosion d’évènements en préparation. Or, depuis plus de dix ans, nous sommes submergés par les changements. Intuitivement, nous avons regretté l’immobilisme des années passées, à commencer par le gouvernement Jospin. Nous avons attendu la rupture. Depuis cinq ans ce qui a été fait est colossale : le Grenelle, la réforme des Universités, des retraites et tant d’autres bouleversements. La France est complexe. Hésitante. Entre modernité et refus.
Nous n’avons pas besoin de normalité, de banalité, de mollesse d’un nouveau et éternel radical-socialisme. Nous voulons encore un grand changement. Plus de justice. Sujet complexe, d’équilibres nombreux et subtils. Mais incontournable. Plus de sûreté, comme nous le savons très bien, la chaine des sécurités indispensables à notre tranquillité, à nos espoirs, est infinie et s’écrit chaque jour. Plus de tonicité, de fougue, de créativité. La question centrale de notre modèle de croissance, la vitalité de notre industrie, de l’accès à l’emploi.
L’aventure ne peut que renaître. Elle est là. La relance de l’Union en est un symptôme. Un déclencheur. Nous allons passer par cette case, serrer les coudes, sauver l’Euro, la Grèce, même si par moments, nous avons le sentiment et la volonté de le faire contre elle-même. Nous allons nous prendre en mains, croire en notre destin. Et nous n’avons pas le choix. Des pays énormes, émergents, aux populations gigantesques frappent à nos portes. Nous devons dans la compétition mondiale être les meilleurs. Certains aimeraient se cacher, proclamer la « démondialisation » mais les fausses murailles s’effondrent toujours.
Je veux combattre la tentation du pire. Ceux qui ont perdu tout bon sens politique et qui par leurs chahuts tentent de nous interdire d’entendre la vibration du monde. Les Français sont à l’aube d’un grand moment de débats, de choix. Ils savent trouver la voie. Mais pour cela ils ne doivent renoncer à rien de ce qu’ils ont su créer, organiser, maitriser, imposer. Au premier rang de tout, depuis 1957, l’Europe est l’enjeu.