Phillip Blond, « Le Conservateur Rouge »

Jeudi 22 juillet 2010 à 15:07 6 commentaires

blond

Menant une prospective sur le débat d’idées politiques à l’étranger, j’essaie d’être attentive aux regards novateurs sur la société et l’action publique que proposent nos voisins européens.

J’ai suivi par exemple la campagne victorieuse des « Tories » britanniques et pris la mesure du travail considérable et original qu’avait réalisé en à peine plus d’un an le think-tank « ResPublica ». J’ai reçu hier son directeur, Phillip Blond, qui a publié l’an dernier un manifeste politique ambitieux : Red Tory.

Phillip Blond est un universitaire, théologien et philosophe enthousiaste, et il a donné aux Conservateurs britanniques l’essentiel de leur dernier programme électoral, celui de la « Big Society ».

Dans Red Tory, Blond dresse un état des lieux très sombre d’une société anglaise morcelée et fragmentée (« a broken society », écrit-il). Il explique que les gouvernements de droite comme de gauche portent la responsabilité partagée de cette destruction, soit parce qu’ils ont encouragé la confiscation du capital par une élite (sous les gouvernements de Mme Thatcher), soit parce qu’ils ont mené une politique socialiste de dépense publique orchestrée par l’État (avec les Travaillistes du Labour).

Dans les deux cas, ces gouvernements ont produit un même effet dévastateur : ils ont privé les classes populaires d’un accès à la richesse nationale, et ils ont détruit les corps intermédiaires et les communautés locales, qu’elles soient syndicales, associatives ou familiales, pour abandonner les individus au seul secours d’un État de plus en plus bureaucrate et lointain. La société « cassée », selon Blond, c’est une société où les individus sont privés de force collective.

C’est de ce côté-là, affirme Blond, que l’action politique doit s’engager : en « recapitalisant » les classes populaires et en redonnant aux groupes locaux, aux associations, les moyens d’exercer eux-mêmes un certain nombre d’activités, y compris d’activités publiques.

Depuis une semaine, le Premier Ministre David Cameron lance des expériences pilotes qui vont dans ce sens et dont nous allons pouvoir observer le déroulement, à Londres comme à Liverpool. Il est probable que les initiatives anglaises ne soient pas transposables partout, notamment en France. Le fonctionnement de nos services publics, de notre administration et de nos collectivités n’est pas identique à celui des Anglais. Mais les hypothèses de Blond et des Conservateurs méritent d’être réfléchies ici, chez nous. Que disent-ils, finalement ? Qu’il faut donner aux citoyens, réunis dans des groupes ouverts les uns aux autres, les moyens d’exercer eux-mêmes des services d’intérêt général, de s’approprier eux-mêmes la maîtrise des transports, de l’énergie, des dépenses locales. Je retrouverai Phillip Blond dès cet automne, de l’autre côté de la Manche cette fois, pour aller observer avec lui le travail de « ResPublica » et voir comment les expériences pilotes sont menées.

Be Sociable, Share!

6 commentaires

  1. ana.ballo

    22 juillet 2010, 17:03

    Félicitations pour ce que vous faites et cette information sur le think-tank « ResPublica ». Nous avons besoin d’initiative de réflexion volontaristes et bénévoles pour sortir nos états africains de schémas de gouvernance désuets.
    C’est avec plaisir que je me procurerai sous votre » réflexion sur le monde qui vient ».
    Une de vos admiratrices Ivoirienne, productrice , réalisatrice et communicatrice.

  2. lucifer

    23 juillet 2010, 04:39

    licitations pour ce que vous faites et cette information sur le think-tank « ResPublica ». Nous avons besoin d’initiative de réflexion volontaristes et bénévoles pour sortir nos

  3. Didier

    23 juillet 2010, 07:57

    Madame la Secrétaire d’État,
    Merci pour la diffusion de ces réflexions.
    Je suis convaincu de la nécessité d’une forme de « retour du local » dans un contexte de mondialisation et le besoin d’identité et de proximité de chacun. Aussi parce qu’une maitrise à une dimension locale de services d’intérêt général est garante d’une réponse mieux adaptée (par exemple dans l’énergie avec les production à base d’énergies renouvelables de très petites tailles, qui est néanmoins à articuler avec des contraintes d’équilibre national).    
    Comment articuler cette maitrise par le local avec, d’une part un modèle français traditionnellement assez centralisateur, et d’autre part le contexte économique et technologique qui favorise les économies d’échelle et la constitution de mailles géographiques de plus en pus grandes où l’individu risque d’avoir un impact de plus en plus réduit?

  4. ClaireM3T

    23 juillet 2010, 10:45

    La société française est aussi cassée pour les mêmes raisons que la société anglaise énoncées par Mr Blond. Mais est-ce que les gens comme vous, qui sont aux responsabilités, qui font parties de l’élite DIRIGEANTE sont capables d’aller au delà des bonnes intentions…

    Merci déjà de votre attention bienveillante à ces problèmes ! Cependant n’oubliez pas que seuls les actes et les décisions permettent de valider les intentions des individus ! Sinon ce ne sont que belles paroles … Et de belles paroles de la part des politiques , on n’en a plus qu’assez !

    Vous êtes encore jeune…une femme relever le défi !Participez à la construction d’une société moins disloquée …

  5. zied

    31 juillet 2010, 09:41

    pour le futur… SVP …surtout pas de la gauche caviarrrrr ….

  6. Renaud de Langlade

    14 septembre 2010, 18:29

    Merci de ne pas oublier de nous tenir au courant de la suite à l’automne, de l’autre côté de la manche.
    Si vos collègues avaient la même vision, le cauchemar actuel nous aurait été épargné.
    Ces réflexions permanentes sur ce blog tirent décidément très souvent vers le « glocal », la république solidaire, à la lumière de l’expérience du crapaud fou.

    Osons une prolongation dans ce sens à ce « tu viens? » pour alimenter l’alternative d’esprit au cauchemard et pitoyable spectacle de l’actualité.

Ajouter un commentaire :