Rapport Tessier : une ambition rendue possible par le grand emprunt

Mardi 12 janvier 2010 à 15:18 14 commentaires

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Ce matin, j’étais au Ministère de la culture et de la communication pour recevoir, aux côtés de Frédéric Mitterrand, les conclusions de la mission confiée à Marc Tessier sur la numérisation du patrimoine écrit.

Initialement comprise par de nombreux observateurs comme étant la réponse du Gouvernement à Google, qui avait entamé des discussions avec la BNF, le rapport va, heureusement, beaucoup plus loin. Il rappelle qu’un partenariat, c’est un échange, et que la France, et particulièrement ses grandes institutions publiques comme la BNF, ont non seulement un patrimoine à valoriser, mais également une expertise en matière de numérisation comme d’indexation.

Et il montre la voie d’un partenariat entre les grandes bibliothèques européennes et les géants de l’Internet, comme Google. Oui à une collaboration, mais en incluant davantage les éditeurs dans les discussions. Oui à une numérisation massive du patrimoine écrit, mais sans que l’exploitation des fichiers, notamment des livres tombés dans le domaine public, puisse être en aucune manière exclusive.

Comme je l’avais proposé, la mission s’est par ailleurs penchée très sérieusement sur la question des formats de fichiers, ouverts et interopérables. Marc Tessier a d’ailleurs précisé que, pour qu’une grande institution ait une chance de percer dans le numérique, il fallait absolument qu’elle le pratique, et qu’elle ne se contente pas de passer par des prestataires.

Les propositions sont très ambitieuses, elles consistent à organiser la numérisation massive et l’indexation des livres au sein même de la BNF, voire de créer une plateforme mutualisée de numérisation, qui puisse également servir au éditeurs pour leurs livres récents. On ne part pas de rien, mais il y a encore du travail !

Il s’agit là d’un investissement d’avenir, et ces propositions, qui il y a quelques mois auraient pu être jugées utopistes, prennent une tout autre dimension grâce aux 750 millions obtenus dans le cadre du grand emprunt pour la numérisation du patrimoine, notamment écrit.

Bien sûr, il ne s’agit pas de concurrencer Google ou de transformer la BNF en géant de l’Internet. Mais l’idée que l’échange devrait se faire d’égal à égal, je te fournis un fichier et tu m’en fournis un, a un double avantage : les livres seront indexables et accessibles sans qu’une plateforme puisse en avoir l’exclusivité de distribution. On ne numérisera pas deux fois les mêmes ouvrages, et on accélèrera ainsi la mise à disposition de l’ensemble de la pensée écrite humaine.

14 commentaires

  1. Koenig

    12 janvier 2010, 16:57

    Que penser si on est collectionneur?Un projet de cette envergure nécessite une participation du plus grand nombre d’intervenant,surtout ne pas oublier le but ultime,de donner envie de lire.Une question simple,comment un citoyen ordinaire(comme moi)peut participer et transmettre cette passion?

    Urbain Koenig.

  2. Jean-Marc Mercier

    12 janvier 2010, 19:07

    Sur ce sujet, j’ai l’impression que le secteur du numérique n’est pas adapté aux besoins. En effet, pour une institution comme la BNF, faire appel aux services d’une société comme Google, c’est courir le risque de fragiliser notre patrimoine culturel et d’être pris en otage.

    Peut être y a t’il un vide institutionnel sur le sujet du patrimoine numérique, et le besoin de créer une organisation capable de le combler. Une suggestion dans ce sens se trouve ici : http://is.gd/5UKp3

  3. Joseph

    13 janvier 2010, 00:49

    J’ai vaguement parcouru le rapport, et apparemment aucun représentant de la Library of Congress ou de l’Université du Michigan n’a été auditionnée, ce qui est dommage.

    Concrètement, hors la question de la numérisation per se, nous voulons :

    - des resources supplémentaires pour le serveur OAI-PMH de la BNF (10 secondes pour avoir unr réponse, ce n’est pas acceptable) ;
    - accéder directement aux contenus à partir du résultat des requêtes OAI-PMH, et non par l’intermédiaire d’une page sur laquelle l’on doit patienter le temps que le document soit généré ;
    - un ou plusieurs accès alternatifs dont un en OPDS http://code.google.com/p/openpub/wiki/OPDS et un en Z3950 ;
    - des sucreries en RDF et OWL, et un coulis de SPARQL ;
    - *aucune* conservation des données de consultation.

    Quant à la méthode qui consiste à définir les moyens avant les objectifs, pas sûr que ce soit pertinent d’insister sur ce point. Autrement dit, pas la peine d’insister sur le « grand emprunt » qui n’est qu’un ensemble d’investissements publics packagés dans un emballage de marketing politique.

    Et maintenant que vous avez enfin abordé la question de la numérisation du patrimoine, envisagez-vous d’ouvrir le débat sur l’instauration d’un filtrage généralisé d’Internet et en particulier sur le DEEP PACKET INSPECTION que l’Exécutif voudrait voir autorisés en France ?

    P.S. : « pensée écrite humaine » (rires).

  4. mlb9146

    13 janvier 2010, 09:58

    Bonjour,
    Je vous ai écouté hier sur RMC-Info à ce sujet … et j’ai décodé votre réserve sur la « faisabilité pratique » de taxer Google sur ses retours publicitaires sur le dos de nos producteurs de contenus, petits en particulier !? Le vrai problème n’est-il pas la position « monopolistique » de Google? Courant 2010, il sera possible de s »équiper « tout google » : smartphone, laptop sous OS Google avec navigateur Chrome, Google Mail, Wave, Doc, Apps, Maps, … etc ! sans doute, de plus (financement publicitaire à la clef) à un tarif défiant toute concurrence …
    Alors taxons les « produits Google », à la source …de l’achat !!! ;-) (NDR: je sens que je vais faire hurler certains …)
    Sinon, Jean Dionis du Séjour, votre débatteur du Nouveau Centre lors de la Loi Pintat livre son avis ici : « Je viens de mettre mes idées en ordre sur le rapport Zelnik. Merci pour vos réactions après lecture à http://bit.ly/5xb6Nu » et pointe clairement le monopole de Google, ce qu’une de vos collègues européennes a déjà fait hier : http://bit.ly/8v0HO7.

    Cordialement

  5. guiom

    13 janvier 2010, 13:58

    Bonjour,
    Ce que Tessier n’a pas compris c’est que nous n’avons pas besoin des fichiers de google, gallica peut parfaitement signaler les titres de google et permettre le feuilletage intégral via le webservice de google sans pour autant posséder ces fichiers. Par contre google a besoin des fichiers numérisés par la BnF pour compléter ses collections. Cette proposition d’échange de fichiers serait un très mauvais deal pour la BnF, qui était jusque là en position de force grâce au grand emprunt. Si les collections Gallica sont entièrement consultables sur google livres qui viendra encore sur Gallica? Il faut simplement demander à google de signaler sur google livres les collections qu’il n’a pas lui-même numérisé, google renverra les visiteurs sur gallica pour l’accès à la version intégrale et tout le monde sera content. Mais surtout PAS D’ECHANGE DE FICHIERS, ça ne servirait à rien d’autre que dépouiller la BnF de ce qui fait sa richesse et sa spécificité, ce serait une grave erreur stratégique, et un cadeau à google que ce dernier n’a même jamais osé rêver!

  6. dwarfpower

    13 janvier 2010, 21:57

    Très dogmatique tout de même ce rapport, dans la droite ligne de Jeanneney, mais qui lui avait pour excuse un corporatisme sinon légitime tout au moins compréhensible. Google est le méchant, ils travaillent mal, veulent s’approprier le bon travail de la BNF en imposant par dessus le marché des conditions contractuelle abusive et sans contreparties.

    Autant le rapport Zelnik était de bonne facture, mais là on sombre dans la paranoïa…

  7. Bertrand Helen

    19 janvier 2010, 11:19

    Bonjour Madame,
    Que pensez vous du principe même de cet emprunt ? La France a une dette écrasante ; N’est il pas plus urgent de réduire les dépenses publiques?

  8. Jany

    20 janvier 2010, 11:55

    Et si justement on repartait de rien ?

    La BNF c’est bénéf hic. Et Tessier remet son rapport : peinée loupe.
    Sometimes you just need to start again, in order to fly.
    http://www.youtube.com/watch?v=S70HDB128Ko

  9. Jany

    20 janvier 2010, 12:01

    watch?v=S70HDB128Ko

    Loupe sur le S+7 oulipien (en 128Ko/s)
    http://www.oulipo.net/contraintes/document19436.html

  10. Jany

    20 janvier 2010, 13:13

    D’eau ballet en sirop : la convection expliquée aux enfants :
    http://www.ciao.fr/Teisseire_sirop_grenadine__2666

  11. Jany

    20 janvier 2010, 13:29

    Kosciusko = Ko x Ko = Mo
    http://www.youtube.com/watch?v=dwuLFlp9Y7g

  12. Jean Mularski

    20 janvier 2010, 16:08

    Certaines interventions ont le mérite de démontrer que le web 2.0 n’est pas très important tout comme twitter… A ce sujet, il serait intéressant de savoir si ces outils apportent une valeur ajoutée en Haïti…? en tout cas pas un mot par ici jusqu’à présent !

  13. Pierre Abi-aad

    24 janvier 2010, 17:31

    @Jean M, Dire que le web 2.0 n’est pas très important tout comme Twitter n’est pas vraiment juste. On peut par exemple se tourner vers les manifestations Iraniennes il y a quelques temps, où Twitter a joué un rôle très important et a été détourné de sa fonction principale.

    Avec le web 2.0 l’internaute peut, en restant chez lui, exercer un relatif pouvoir qui, avec l’effet de masse, peut prendre une envergure de taille importante.

    Il faut aussi prendre conscience que la cyber guerre est bien arrivée et qu’elle n’en est qu’à ses prémices. Le web 2.0 est une porte ouverte pour les attaquants qui pourront donner un impact économique sur le marché d’un pays (par exemple). Donc le web 2.0 est important (Twitter inclus).

    Pour revenir au sujet initial, je n’ai pas trop suivi le dossier dont vous parlez (@nkm) mais je suis de l’avis de Jean-Marc Mercier. Le géant américain exerce des pratiques plus que douteuses sur la politique de vie privée des internautes et je pense qu’à plus grande échelle ce principe pourrait aussi s’exercer.

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