Carnet de route

Acharnement thérapeutique ou tournant dans les négociations climatiques ?

Mercredi 14 décembre 2011 à 11:11 6 commentaires

NKM Durban

Longues, laborieuses, je dirais même interminables. Pourtant, ces 3 nuits blanches de négociations électriques à Durban, nous ont tout de même permis d’obtenir un accord, certes à l’arraché, mais un accord ! Pour la première fois, l’urgence d’agir de façon concertée a été actée par tous les pays! Et un petit pas fait par tous, est une très grande avancée pour la planète. Pour la première fois, des pays comme la Chine et les Etats-Unis, qui se rejettent habituellement la responsabilité du premier pas, s’engagent ensemble. Enfin, pour la première fois, l’Union Européenne a affiché un véritable leadership. Ses propositions ont formé le cœur du compromis. En forgeant une alliance avec les pays les plus vulnérables (AOSIS) et les pays les plus pauvres (PMA),  l’UE a fait évoluer les positions des grands pays émergents (la Chine notamment) et des Etats-Unis qui, rappelons le, voulaient seulement que la COP17 (« conference of the parties », c’est-à-dire la 17ème conférence sur le climat organisée par l’ONU) se contente de mettre en œuvre les accords de Cancun (COP16).

L’échec que nous avons frôlé, aurait eu des conséquences considérables. Depuis Copenhague, les COPs se succèdent et s’essoufflent.  Le système onusien est de plus en plus critiqué. Les présidences tournantes montrent leurs limites. A Durban, par exemple, le système organisé par la Présidence sud-africaine qui consiste à consulter longuement, dans des formats différents, selon un processus maieutique appelé Inbada en référence au nom donné en zoulou au conseil des anciens, a considérablement ralenti les débats.

La question de la gouvernance des négociations doit donc légitiment être posée. Dans le cadre de la préparation de Rio+20 en janvier prochain à Paris, nous organisons avec Alain Juppé une grande réunion qui sera l’occasion de réfléchir sur l’organisation d’une nouvelle gouvernance.

Il nous faudra conclure un accord ambitieux et global en 2015. La France au sein de l’UE fera des propositions à cet effet dès le début de 2012.

On se méfie du grand soir climatique, on préfère progresser pas à pas. Il faut pourtant aller vite, car l’horloge tourne. Tous les signaux nous alertent : multiplication des événements climatiques extrêmes, records d’émissions mondiales de gaz à effet de serre, élévation des prévisions d’élévation de la température mondiale… Bientôt il sera trop tard pour agir !

Cancun, au rendez-vous

Mardi 14 décembre 2010 à 09:29 32 commentaires

Compte-rendu des négociations sur les transferts de technologies

Compte-rendu des négociations sur les transferts de technologies

Je reprends contact avec vous, après un silence de presque six semaines. Le remaniement y est bien sûr pour beaucoup. Un grand merci à tous ceux qui ont la gentillesse de me féliciter il y a un mois. Je suis ravie de m’engager dans cette nouvelle aventure et de retrouver le ministère du Développement durable, une maison que je connais et que j’aime au point de m’y sentir chez moi. J’en ai désormais toutes les clefs : le champ couvert est immense, les responsabilités énormes, et nous nous sommes battus dès les premiers jours pour les conserver, qu’il s’agisse de logement, d’infrastructures, de transport, ou encore de l’écologie, de la mer, de l’équipement et de toutes les politiques publiques qui leur sont liées.

Ces missions m’ont conduite à Cancun, quatre jours. Un voyage dont le moins qu’on puisse dire est qu’il fut intense. D’autant qu’il était précédé d’un tout autre voyage, puisque j’étais en Inde, où j’accompagnais le Président de la République. Départ le mercredi, dans des conditions difficiles ; les avions ne partaient pas aux horaires attendus, et la délégation française, qui devait me retrouver, était prise dans la neige parisienne. Les uns et les autres traversèrent les océans dans un désordre un peu confus. Pas de répit au Mexique : à la sortie même de l’avion, je me retrouvais en entretien avec le représentant kenyan. Nous n’avions pas atteint le vaste centre des congrès que le marathon commençait. J’arrivais d’Inde sur un autre fuseau horaire, et j’ai vécu au Mexique une réunion ininterrompue qui a duré trois jours. Nous étions regroupés dans un centre hôtelier gigantesque, où 20 000 participants se retrouvaient. Tout le monde circulait à vélo d’une salle à une autre, d’une chambre aux différents lieux de réunion, et l’ensemble avait des airs de campus américain. Beaucoup de représentants étaient jeunes, d’ailleurs. Et tous mêlaient leurs 194 nationalités dans un vertige de langues, de tenues, de couleurs et de visages. Avec pour chacun d’entre nous une succession d’entretiens, pour apprendre, discuter, chercher à persuader.  J’ai multiplié les rencontres, à l’occasion de tête-à-tête formels, d’autres parfaitement spontanés, à toute heure du jour et de la nuit. Avec les parlementaires français qui étaient du voyage, et à avec mon complice de toutes les négociations, l’Ambassadeur Brice Lalonde, nous avons saisi toutes les occasions de faire émerger un accord climatique solide. Deux jours plus tard et sans sommeil, nous y étions. Au prix d’une expérience climatique très étrange, puisque ces 72 heures continues me permettaient de suivre l’actualité parisienne en dépit du décalage horaire. J’étais en lien mercredi et jeudi avec les collaborateurs de la mairie, à Longjumeau, pour organiser l’installation d’un accueil d’urgence des automobilistes coincés par la neige, et en contact bien sûr avec le ministère qui devait faire face à la situation que la plupart d’entre vous ont connue. La neige, le soleil terrible de Cancun, le vent de la mer, les nouvelles de l’Île de France enneigée puis glacée, tout s’est mêlé. Le climat change.

La première des deux nuits blanches de Cancun fut consacrée au groupe de travail sur les transferts de technologie, le climat et les énergies renouvelables. La responsabilité m’en a été confiée par la Présidente mexicaine, et nous avons pu avancer sur ce dossier essentiel, qui définit la manière dont certains pays vont pouvoir transférer des technologies vertes à des pays en voie de développement. Ce que nous avons tracé là, c’est un sentier de développement durable que pourront emprunter des pays qui, s’ils suivaient aujourd’hui le même chemin que les américains, provoqueraient sans doute la destruction pure et simple de notre monde. Il faut que les pays se développent, et il faut du transfert du technologie pour que ce développement soit « propre », aujourd’hui. C’est ce que nous avons réussi à faire inscrire dans le texte soumis au consensus international. Après un jour entier de rencontres et de réunions, la deuxième nuit fut celle de la négociation de l’accord final. Avec 194 pays, qui doivent dans l’usage onusien se mettre tous d’accord, sans exception. Et il y eut des exceptions et des objections. De la part de la délégation bolivienne, notamment, qui nous vit suspendre les échanges, repartir en groupe de travail au milieu de la nuit. Nous nous retrouvions cette fois entre européens, puis la séance plénière reprit à 3h du matin. Au petit jour, le vent ne s’était pas encore levé sur Cancun, les textes définitifs étaient adoptés.

Nous avons mis fin, au Mexique, au climato-scepticisme : le monde entier a pris la mesure des efforts qui nous attendent tous. La Chine et l’Inde ont accepté de prendre des engagements, notamment en admettant la création d’un fonds international vert, qui sera doté de 10 milliards d’euros par an, dès l’année prochaine, puis de 100 milliards à partir de 2020. Une idée dont on parlait depuis Rio en 1992.

Un grand pas, accompli grâce à l’immense travail des différentes délégations. Grâce aussi, au talent des deux bons génies de Cancun : le ministre indien de l’environnement, Shri Jairam Ramesh, dont le rôle a été à la fois fédérateur et décisif. Et surtout, celle qui a présidé toute la conférence, avec un mélange d’autorité et d’attention, de courage et d’écoute de tous, la ministre mexicaine des affaires étrangères, Patricia Espinosa. Une grande dame. Le concert des Nations reprendra à Durban, l’an prochain. Beaucoup reste à faire, oui, bien sûr : mais nous nous sommes remis en route.

J’ai le sentiment que le monde est mûr pour créer enfin une Organisation Mondiale de l’Environnement. Nous en avons besoin. J’ai le sentiment aussi que notre pays est à même de porter activement ce projet.

Avec l'Ambassadeur Brice Lalonde

Gros sous, gouvernement 2.0, prospective politico-technologique

Mercredi 22 avril 2009 à 19:48 3 commentaires

gros sous gouvernement 2.0 prospective politico technologique

Atterri ce matin après deux journées d’immersion à Washington, pour aborder au niveau politique les thématiques qui auront structuré mon déplacement, à savoir la protection des données personnelles, la neutralité du réseau, les tendances à venir de la société du numérique, l’impact de la crise sur le secteur des TIC. Nous avons également abordé les problèmes essentiels de la gouvernance de l’Internet et du renforcement de la sécurité des réseaux.

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48 heures chronos

Dimanche 19 avril 2009 à 23:40 Aucun commentaire

48heureschrono

Vendredi dernier, je postais mon premier billet en direct de Facebook, où j’avais rendez-vous pour discuter de leur business model et de protection des données personnelles. Mon déplacement à San Francisco aura été passionnant, mais l’agenda était complètement fou. C’est une fois arrivée à New-York après un vol de nuit assez spartiate et une série de rendez-vous le matin dont je vous parlerai plus loin, que j’ai enfin le temps d’écrire cet article !

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La Californie : décalages

Jeudi 16 avril 2009 à 18:33 4 commentaires

la californie décalages

Arrivée à San Francisco, une ville à l’architecture très européenne et à l’état d’esprit très californien. Si ce n’est la baie splendide, la beauté de cette ville n’est pas dépaysante, on se sent chez soi tout de suite.

En revanche, les premiers rendez-vous de ma visite m’ont permis de constater que nous sommes bien là près du cœur battant de l’innovation en matière de technologies de l’information. Cette ville dont on me dit que quelques mois avant l’éclatement de la bulle internet elle était couverte de placards publicitaires pour embaucher des ingénieurs informaticiens est aujourd’hui comme assagie. Ce n’est pas le ralentissement économique qui veut ça, mais plutôt, me disent mes interlocuteurs, une forme de maturité du secteur des TIC, moins exubérant que par le passé, plus «installé» en quelque sorte.

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Des puces et des robots

Vendredi 20 février 2009 à 15:56 Aucun commentaire

Des puces et des robots

Photo : Olivier Ezratty

La journée commence par une rencontre avec les correspondants de la presse française au Japon. La crise est dans tous les esprits. A quelques heures de la fin de ce voyage d’étude, plutôt que de commenter l’actualité française, je m’efforce de concentrer mes réponses sur les premiers enseignements que je peux tirer de ce voyage, les forces et les faiblesses que j’ai perçues dans les modèles coréens et japonais, ce dont nous pourrions nous inspirer. Enfin, ce qui inspire mes interlocuteurs dans ce que fait la France dans ce domaine. Ce n’est pas un hasard si je suis partie dans ces deux pays pour mon premier déplacement officiel. Ils représentent à eux deux, en tous cas vus de France, la quintessence d’une politique de croissance par l’innovation et l’utilisation des TIC.

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1ère journée à Tokyo

Jeudi 19 février 2009 à 13:56 Aucun commentaire

1ère journée à tokyo

Moins de 2000 kilomètres séparent Séoul de Tokyo. Première excellente nouvelle le voyage fut court. Deuxième bonne nouvelle quelques degrés celcius différencient les deux villes et c’est en faveur de Tokyo. J’arrête ici les considérations touristiques.

Dès mon arrivée j’ai pu discuter avec des responsables économiques français du secteur des TIC. Toutes les entreprises qui comptent sont présentes au Japon soit à travers des filiales soit par des bureaux de veille. Leur regard sur les réalités japonaises du secteur est plus mitigé qu’on l’aurait cru vu de France. Les équipementiers japonais pourtant très puissants ont raté le tournant des téléphones mobiles. L’importance du marché local fait paradoxalement leur faiblesse : ils pensent d’abord à définir des standards différents qui les handicapent dans un deuxième temps à l’export. Sur la télévision mobile, les avis sont partagés. Est-elle correctement financée par la pub ? Ou est-elle toujours en recherche de son modèle économique ? En tous cas le choix qui a été fait est celui de la télévision mobile terrestre, assez logiquement pour le pays le plus câblé du monde.

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Séoul : creation et diffusion de contenus numériques. Jour 2

Mercredi 18 février 2009 à 16:43 Aucun commentaire

A seoul creation et diffusion de contenus numériques jour 2

Journée Marathon et passionnante.

Séoul est une ville immense dont j’ai ce soir la sensation d’avoir plusieurs fois fait le tour. Je ferai donc plus synthétique qu’hier soir car sinon il faudrait que je passe la nuit sur mon clavier et ce ne serait vraiment pas raisonnable.

J’ai, avec les membres de la délégation, commencé sur les chapeaux de roues dès 7h45 par un petit- déjeuner autour de trois experts coréens dans le domaine des TIC. Chacun nous a présenté, sous un angle différent, sa vision des opportunités et des défis économiques qu’une société hautement connectée et numérisée doit prendre en compte.
A cette occasion m’ont notamment été présentés les deux modèles économiques de la Télévision mobile personnelle (TMP) déployés en parallèle depuis 2005 en Corée : l’un gratuit avec environ 15 millions d’utilisateurs, l’autre payant avec 1,7 million d’abonnés. Au final et au vu de mes différents entretiens qui ont ponctué cette journée, j’ai le sentiment que la TMP est un véritable succès populaire mais qu’aucun des deux modèles n’est encore rentable. Je suis partie très curieuse de savoir ce que les Coréens avaient fait en la matière, et finalement ce sont eux qui sont maintenant curieux de savoir ce que nous allons faire en France !

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Séoul : l’Asie créative, jour 1.

Mardi 17 février 2009 à 17:28 1 commentaire

seoul l'asie creative jour 1

Photo : Olivier Ezratty

Arrivée ce matin à Séoul, enfin le matin pour vous, car pour moi ici l’après-midi était déjà bien avancé. A peine descendue de l’avion, cap sur le siège de Samsung Electronics où j’ai visité leur show room, tellement nouveau que Yoon-Woo Lee, CEO de Samsung, m’a confié à la sortie n’avoir pas eu le temps de l’ inaugurer.

A l’entrée quelle ne fut pas ma surprise d’être accueillie par un mur d’écrans reproduisant des images numériques de ma tête, à la mode Andy Warhol, et, sur le sol, un plancher lumineux sur lequel défilait en plusieurs langues « bienvenue à Nathalie Kosciusko-Morizet ».

Ce dispositif n’a pas été mis en place pour moi seule. Ouvert sur la ville, ce showroom est en passe de devenir un lieu des lieux « Hype » de la capitale coréenne. Il est à la disposition des séouliens qui peuvent venir y déposer des messages personnels et expérimenter eux aussi ce bref instant de célébrité en voyant leur portrait projeté sur les murs.

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