Libre cours

Aux Etats-Unis, de la Nouvelle Orléans à New-York

Mardi 12 avril 2011 à 15:37 4 commentaires

Face aux catastrophes naturelles, les mêmes questions reviennent, oppressantes : comment les prévenir, comment reconstruire une ville, comment accompagner les populations touchées ? Un an après Xynthia et un mois après les drames successifs qui ont frappé le Japon, mon déplacement à la Nouvelle Orléans a bien sûr une signification particulière. J’étais à Sendai y a quelques jours, et me voilà dans la ville que le cyclone Katrina avait balayée en 2005, et qui a été touchée, de nouveau, l’an dernier, par une marée noire.
La première impression du visiteur est favorable : on se dit que la ville s’est redressée. Le Jazz French Quarter Festival bat son plein et attire des dizaines de milliers de visiteurs ; les musiciens ont envahi les rues. Mais il aura fallu cinq ans, me disent les autorités locales, pour que les habitants acceptent d’aller de l’avant. 2010 aura été l’année du renouveau. Celle de la victoire des Saints au Super Bowl, après une remarquable saison 2009, puis l’élection d’un nouveau maire.
Mais quand on traverse le 9ème district de la ville, le quartier le plus dévasté après la rupture des digues, l’ambiance n’est plus la même. Dans ce quartier où les habitations étaient historiquement très denses, des terrains vagues ont remplacé des centaines d’habitations. Et l’on voit ici que Katrina a fait d’autant plus de dégâts que les activités humaines les ont en quelque sorte préparés : les digues qui ont rompu sont uniquement celles qui se trouvaient sur des canaux artificiels, créés pour l’industrie gazière et pétrolière. Ces tranchées sont de véritables boulevards à ouragans. L’aménagement du fleuve engendre également un autre phénomène très inquiétant, en l’espèce d’une érosion côtière qui entraîne avec elle un appauvrissement considérable de la biodiversité. La Louisiane voit disparaitre l’équivalent d’un terrain de football toutes les 50 minutes. Si rien n’est fait maintenant, en 2100, la Nouvelle Orléans sera devenue une île.
Un an après Xynthia en Charente maritime et en Vendée, six ans après Katrina et quelques semaines après Sendai au Japon, je vois combien les peuples et les États ne réagissent pas du tout de la même manière à des catastrophes naturelles pourtant semblables. Les Etats unis ont édifié le plus grand mur du monde pour prévenir des inondations, et les anciens habitants décident librement de se réinstaller ou non dans les zone sinistrées. En France, nous avons clairement opté pour une solution administrative, en choisissant d’évacuer définitivement des zones jugées dangereuses et de redéfinir nos documents d’urbanisme. J’ai eu grand peine tous ces derniers mois à rechercher avec les élus, les solutions les plus fines possibles, jusqu’à individualiser l’approche. Cela n’entrait pas dans nos traditions. La situation est encore différente au Japon, où la première chose qui frappe le visiteur est l’endossement collectif du malheur par le peuple japonais, et la résignation individuelle au destin commun. Les déplacements de populations décidés après le tremblement de terre de Kobé avaient conduit à de graves effets de désocialisation. On a des solutions nationales complexes, pour faire face à des phénomènes dont on sait maintenant qu’ils sont aussi les conséquences de l’activité humaine mondiale. Il faut travailler davantage encore à la prise de conscience mondiale. La question du financement de la lutte contre le réchauffement est décisive, et la seule réponse possible est une contrainte financière mondiale.
C’est d’ailleurs dans cette perspective que je vais m’entretenir aujourd’hui à New York avec des universitaires, des représentants des think tanks, du monde financier et des ONG, sur la recherche de « financements innovants ». Conférence et table ronde auront lieu toute la journée à la New-York University, School of Law. J’ai pu dès hier soir attirer l’attention du Secrétaire général de l’ONU sur ces questions que nous souhaitons mettre au cœur de la présidence française du G20. Le Président de la République veut prendre une initiative forte en la matière. L’occasion est là.

La qualité de l’air (encore)

Lundi 11 avril 2011 à 11:24 17 commentaires

Je suis à la Nouvelle Orléans. La journée va commencer. J’ai lu vos commentaires et veux revenir rapidement sur les trois reproches qui visent depuis quelques jours les Zapa. Une partie de la presse n’a pas été aidante en annonçant toutes sortes d’interdictions de manière tonitruante. Pour impressionner le lecteur, sans doute. Et je comprends bien ceux d’entre vous qui sont horripilés de découvrir dans leur journal l’arrivée d’une nouvelle interdiction, dont personne n’a entendu parler et qui semble complètement punitive. Le week-end à Longjumeau, puisque chacun parle de ses voitures, si mon mari a pris la voiture familiale, j’emprunte la vieille Fiat 500 vert de ma belle mère. Elle date d’avant 1997.
Du coup, quand je lis ensuite que c’est encore une mesure de parisiens (aisés) contre les banlieusards, je me dis qu’il y a plus qu’un malentendu. Les parisiens ont tendance a fermer leur centre-ville et ils ont déjà tous les moyens pour le faire. Regardez les travaux monstres à la porte d’Orléans : cela fait des années que l’entrée dans Paris, le matin, est rallongée. La Zapa n’y changera rien. En revanche, et c’est cela le but, il est possible qu’on ne soit pas coincé dans un embouteillage derrière un poids lourds hyperpolluant dont on se dit qu’il n’a vraiment rien à faire là. Le véritable enjeu, c’est la répartition entre Paris et la banlieue des crédits publics consacrés aux transports. L’Etat a longtemps été en faute, et de mon point de vue, il y a un gros retard d’investissement sur la banlieue, grande couronne notamment. Je m’attache à le rattraper ; en décembre, par exemple, j’ai mandaté le Préfet de Région pour qu’il consacre un peu plus d’un milliard d’euros, en négociation avec le STIF (Région), à des mises a niveau. En particulier sur les RER C et D. Mais encore faudrait-il que le STIF avance !
Je lis enfin beaucoup d’objections de mauvaise foi en faveur de la voiture. L’argument qui consiste à hurler au loup et à dire que les gens modestes vont être touchés pour continuer à utiliser son 4×4 polluant, non. On ne pousse pas les petits devant. Ou bien alors, on accepte de parler des vrais risques. Que fait-on pour les 3,5 millions d asthmatiques en France que cette pollution urbaine persécute ? Pourquoi le débat ne porte-t-il pas sur le fait que 42000 vies, chaque année, sont abrégées par un air pollué de particules ? Invoquer la pauvreté pour défendre les pollueurs, je trouve cela insensé. La richesse permet d’habiter dans de beaux quartiers bien aérés. Les particules sont réservées à ceux qui n’ont pas les moyens d’y échapper.

Les Zapa, pour la qualité de l’air

Vendredi 8 avril 2011 à 09:12 38 commentaires

La qualité de l’air préoccupe tout le monde, mais l’inquiétude du moment porte sur le pouvoir d’achat. Je voulais répondre à certains de vos commentaires. Je commence par un rappel. Nous venons de tenir les premières Assises de la qualité de l’air. Nous y avons parlé des pollutions industrielles, de mieux en mieux maîtrisées même s’il reste des progrès à faire, et de la pollution par particules. Celle qu’émettent des activités diverses (transport, agricole, chauffage au bois, industrielles) et qui reste dangereuse. Nous devons agir, et plus que tout sur la pollution en ville. La loi Grenelle 2 comporte un dispositif : les Zones d’Actions Prioritaires Pour l’Air, les ZAPA. Il s’agit pour les collectivités volontaires d’expérimenter pendant au moins trois ans le recours à l’interdiction permanente ou temporaire de la circulation des véhicules les plus polluants. Vos premières réactions sont inquiètes : @Stéphane et @bonicoli, par exemple, qui se demandent si les voitures un peu âgées ne vont pas être exclues des centre-ville, en pénalisant encore plus ceux qui n’ont pas les moyens de se racheter une voiture neuve et peu polluante.
Il ne s’agit pas de cela, et certainement pas de viser les moins fortunés. Je le dis pour répondre à @rettori, et pour répondre d’emblée aux déclarations partisanes que je lis ici et là. Si les échos que vous avez lus dans la presse le suggèrent, c’est à tort. En réalité, le dispositif Zapa est une voie expérimentale, qui a été choisie pour que des villes pilotes essaient différentes mesures. C’est un dispositif à la carte, avec quatre sortes de véhicules : poids lourds, véhicules utilitaires, véhicules particuliers, deux et trois roues dans lesquelles des catégories sont définies du plus polluant au moins polluant. Mais on peut très bien ne faire porter des interdictions que sur les poids lourds par exemple, qui représentent plus du quart de la pollution. Une étude pour évaluer les impacts économiques et sociaux est de toute façon demander avant de mettre en place la ZAPA. Il s’agit bien d’une expérimentation, on évaluera dans trois ans pour se donner la possibilité de faire évoluer le cadre. Et ce qu’il s’agira avant tout de mener, c’est la possibilité de diminuer en ville la pollution due aux flottes urbaines « captives », les bus ou les bennes à ordures, par exemple, qu’il faut rendre plus propres. Et surtout, de diminuer la présence et l’impact des véhicules de livraison en ville, qui représentent les derniers kilomètres les plus polluants. Des solutions existent ; il faut les développer et c’est à cela que va servir l’expérience Zapa. Et si elle doit toucher des véhicules privés, ce seront plutôt les 4×4 du centre-ville que la berline venue à Paris depuis l’Essonne ou la Seine et Marne.

Avec les Japonais, sous la pluie

Mardi 5 avril 2011 à 11:54 32 commentaires

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© R. Meigneux

Je reviens du Japon, après trois jours entre Tokyo et Sendai, là où le tsunami a frappé il y a trois semaines. Je suis arrivée à Tokyo depuis Nankin, le 31 mars dans l’après-midi, avec le Président Sarkozy qui voulait aller en personne assurer les Japonais et leurs gouvernants de notre solidarité. Le Premier Ministre japonais, Naoto Kan, nous a dit sa satisfaction au moyen d’un proverbe : « les vrais amis sont ceux qui viennent sous la pluie ».

Nous lui avons proposé une coopération que nous souhaitons utile, à la fois en temps de crise et pour la sortie de crise, notamment en matière de traitement des eaux contaminées, grâce par exemple à l’utilisation d’argile artificielle. Nous venions offrir l’aide de la France, mais aussi du G8 et du G20 : lors du sommet du G8, qui aura lieu à Deauville en mai, le premier Ministre japonais sera le premier orateur, pour que l’ensemble des Nations soient informées de l’évolution de la situation. Devant la communauté française vivant au Japon, le Président de la République a rappelé que l’accident de Fukushima est une catastrophe mondiale, qui nous concerne tous et à laquelle nous allons devoir trouver des réponses mondiales. Devant nos compatriotes, le Président m’a chargée d’organiser une conférence des autorités de sûreté nucléaire des pays membres du G20, pour renforcer les normes internationales en matière de sûreté.

Je suis restée au Japon pour y exprimer à tous mes interlocuteurs la solidarité de la France et pour leur dire, aussi, l’admiration que nous inspire le courage d’un peuple frappé par un enchaînement de catastrophes inédit dans l’histoire de l’humanité. Le tsunami, le séisme, l’accident nucléaire, tout ce à quoi le Japon fait face est ahurissant. Mais il fait face, avec calme, dignité. Les gens se serrent les coudes, comme nous avons pu le voir dans l’un des centres d’accueil de réfugiés, installé dans un grand gymnase de la banlieue de Tokyo. Je suis restée au Japon pour leur délivrer ce message et pour mieux identifier les besoins, en voyant quel type de coopération nous devons envisager pour les semaines qui viennent.

J’étais accompagnée d’une délégation qui représentait tout l’éventail de l’expertise française en matière nucléaire. Avec Bernard Bigot, administrateur général du commissariat à l’énergie atomique et aux énergies renouvelables (CEA) ; Jacques Repussard, le directeur de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) ; Philippe Jamet, commissaire de l’Autorité de Sûreté nucléaire (ASN). Dans des conditions difficiles, l’Ambassade a réussi à organiser une série d’entretiens et de visites extrêmement riches, en nous permettant d’abord de rencontrer les acteurs du nucléaire japonais : commission de la sûreté nucléaire, commission de l’énergie atomique, conseiller spécial du premier ministre en charge de la supervision de Tepco. L’occasion de confronter nos informations et nos analyses sur les causes de l’accident et la manière dont on y fait face. L’une des leçons que l’on doit déjà en tirer : il faut diversifier les sources d’alimentation énergétique des dispositifs de refroidissement des réacteurs. Quant à la situation : chacun espère une stabilisation de la situation, mais la crise ne prendra pas fin avant des semaines, voire des mois. La France propose d’apporter son aide. Je rencontre des experts du CEA et d’Areva qui vont travailler directement avec les Japonais.

Nous poursuivons les entretiens avec les membres du gouvernement, dont mes homologues. M. Matsumoto, le Ministre de l’environnement, et M. Ohata, Ministre de l’aménagement, des transports, des infrastructures et du tourisme. Ils m’expriment leur reconnaissance pour l’aide que la France a apportée au Japon, en matière de sécurité civile notamment. Je propose à mon collègue de céder au Japon nos crédits carbone excédentaires, si son pays se retrouvait contraint, en 2011, d’assurer son approvisionnement électrique avec davantage d’énergies fossiles.

Nous avons pu rencontrer également les entreprises françaises, qui pour certaines d’entre elles vont exporter avec difficulté des marchandises fabriquées au Japon. Il faudra les aider et faire que l’économie japonaise ne subisse pas une double peine, en étant suspectée d’exporter des produits pollués. C’est ce dont nous avons discuté également avec des parlementaires japonais, très francs et très directs dans leurs questions, n’hésitant pas à se montrer critiques à l’égard du gouvernement et de Tepco.

Nous avons quitté Tokyo pour Sendaï au petit matin. Sendaï où ont été prises les photos que nous avons tous vus dans nos journaux. Il faut cinq heures de bus pour se rendre sur place. L’expert de l’IRSN, qui nous accompagne avec son équipement et mesure la radioactivité sur la route, nous donne des informations rassurantes ; y compris lorsque nous nous trouvons à une quarantaine de km de la centrale de Fukushima.

A Sendaï, je rencontre la maire, qui demande une aide de la France en matière agricole, pour désaliniser l’eau des rizières submergées par le tsunami. Je sais que des organismes de recherche agricole français disposent d’expertise en la matière. Je déjeune avec les quelques  membres de la communauté française restés à Sendaï avec le directeur de l’alliance française. Je visite un centre d’accueil de réfugiés.

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© R. Meigneux

La ville n’a été touchée que partiellement. Il y a un contraste très fort entre les premiers quartiers que l’on traverse et ceux des deux arrondissements proches de la mer. Là, c’est la désolation absolue. Des kilomètres de côtes dévastées, des voitures par centaines, renversées, compressées, enchevêtrées, qui jonchent le sol boueux. On commence tout juste à déblayer depuis quelques jours. Mais des ouvriers sont déjà au travail : ils reconstruisent des ponts. L’espoir est là, avec la vie qui reprend au milieu des décombres.

Retour à Paris, par le vol d’Air France qui fait escale à Séoul, pour changer d’équipage. Les pilotes d’Air France refusent de dormir à Tokyo. M. Ohata m’a fait remarquer à ce propos qu’il y dormait tous les soirs, comme 13 millions de ses compatriotes et plusieurs milliers de Français.

L’insertion professionnelle des docteurs en France

Mercredi 3 novembre 2010 à 18:16 49 commentaires

Les difficultés d’insertion professionnelle des docteurs en France ne sont pas nouvelles, les pouvoirs publics s’en inquiètent depuis les années 1980. En 2009, 10 % des titulaires d’un doctorat 2006 sont au chômage, contre 7 % des diplômés 2006 de niveau Master. La recherche en entreprise est dans une situation paradoxale : l’ensemble des docteurs y représente seulement 13,6 % contre 50 % pour les ingénieurs. Une situation à laquelle le rapprochement entre grandes écoles et Universités devrait mettre fin.

Depuis la fin des années 1990 la situation s’est néanmoins améliorée : près de la moitié des docteurs est employée dans le secteur privé, les docteurs en Lettres et Sciences humaines ont vu leur taux de chômage trois ans après l’obtention du doctorat passer de 20 % pour les diplômés de 1998 à 11 % pour les diplômés de 2004.

Depuis 2009, le Gouvernement a porté une attention accrue aux conditions d’encadrement des doctorants, dans des formations doctorales qui assurent le lien entre les équipes universitaires responsables des Masters et les laboratoires de recherche au sein desquels travaillent les doctorants. Les financements (CIFRE ou contrat doctoral) sont plus nombreux, y compris en sciences humaines et sociales : ils protègent à la fois de l’abandon en cours de diplôme et du chômage trois ans après le diplôme (6 % pour les doctorats financés). Après la thèse, les docteurs trouvent davantage de contrats post-doctoraux, en France comme à l’étranger, notamment dans le cadre des contrats de recherche de type ANR qui permettent le recrutement de non titulaires. Toutes évolutions qui vont dans le bon sens, à un moment où la démographie académique laisse prévoir un renouvellement profond des générations en trois ou quatre ans.

Pour en savoir plus :
 » Les difficultés d’insertion professionnelles des docteurs : les raisons d’une ‘exception française’ « , Mohamed ARFI et Laudeline AURIOL, Centre d’analyse stratégique, Note de veille n°189, juillet 2010.

Première journée nationale des aidants : ouvrir le chantier de la dépendance

Vendredi 8 octobre 2010 à 16:09 25 commentaires

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© DICOM – DEACG Jean-Philippe Somme

Cette journée a permis pour la première fois de trouver ensemble les mots pour repenser le modèle social français, la « Fraternité » de la devise républicaine, les mots pour désigner les solidarités nécessaires à la vie quotidienne. Nous les avons trouvés dans le cas crucial des personnes atteintes de pathologies invalidantes. Le propre du modèle français, c’est que ces solidarités sont plurielles : nationale, professionnelle, mutualiste, assurantielle, bénévole et familiale. Leur articulation doit être soigneusement réfléchie pour ne pas conduire à un accroissement des inégalités.

Pour désigner les formes les plus concrètes de ces solidarités, celles qui engagent des personnes et non des mécanismes financiers, c’est le mot « aidants » qui s’impose désormais, et il s’impose au bon moment, à la veille du dernier grand chantier de réforme de ce quinquennat, le chantier des politiques de la dépendance.

Il est temps de voir en effet, derrière les questions financières incontournables, les personnes elles-mêmes, aidés et aidants.

Avec le concept d’aide, nous tenons une des traductions du concept anglais de « care » qui, en dehors de cercles très restreints, entraîne aujourd’hui malentendus et incompréhensions (la ville du Caire ? me dit-on lorsque par erreur j’utilise ce mot codé là où il n’a pas cours). L’aide engage une relation entre celui qui donne l’aide et celui qui la reçoit, une relation ambivalente, positive bien sûr, avec le dévouement, l’entraide, l’attention à l’autre, mais négative aussi, lorsque l’aide est servile ou que le don non adapté risque d’enchaîner celui qui le reçoit, de l’humilier, surtout lorsque pour des raisons de politesse ou de contrainte institutionnelle il est impossible à la personne aidée peut-être contre son gré de refuser ce don. Cette dimension humaine de l’aide, et ce n’est pas là son moindre paradoxe, se retrouve aussi dans le cadre d’un contrat de travail salarié ou d’une prestation marchande, qui ne l’effacent pas mais s’y ajoutent. D’où les difficultés des professionnels à mettre à distance la dimension intime de l’aide, car il faut s’en protéger, mais pas trop.

Le mot d’aidant a bien des vertus. Il franchit la barrière de l’âge inscrite depuis 1994 dans les pratiques administratives : dans la même situation, avant 60 ans on est une personne handicapée, après 60 ans on est une personne dépendante. Il surmonte les conflits potentiels entre les aidants familiaux et les aidants professionnels, mais aussi les inégalités de position et de carrière entre les professionnels de l’aide à domicile et les professionnels de l’aide en institution. Dernière vertu, et non des moindres, parler d’aidants, c’est parler de l’aide au masculin. C’est rompre avec la féminité supposée des aidants, vérifiée statistiquement, injustifiable idéologiquement. Sachons saisir ces opportunités.

L’aide n’est pourtant qu’un des trois niveaux du concept anglais de « care », les deux autres sont le choix des objectifs (de qui se soucier ?) et le choix des moyens (comment prendre en charge ?). En termes d’objectifs (les travailleurs et leurs familles), en termes de moyens (la Sécurité sociale à base professionnelle et familiale), la France a construit très tôt une solidarité nationale, même si nous en éprouvons aujourd’hui les limites. À quoi bon alors reprendre la conceptualisation américaine du « care », née dans un pays sans sécurité sociale ? Séparons plutôt ces trois niveaux pour tâcher d’être à la hauteur des grands constructeurs du droit et de la protection sociale qui nous ont précédés.

Parce que la langue est un fait social, et une arme pour penser et pour agir, les mots qui émergent aujourd’hui dans la langue française – aidants, solidarités – ont de quoi me rendre optimiste.

Au rythme des élèves

Mardi 28 septembre 2010 à 17:41 23 commentaires

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En septembre, l’intérêt pour l’école et l’éducation est toujours soutenu. C’est le moment où paraissent les classements internationaux, les indicateurs de l’OCDE, qui permettent d’apercevoir les particularités de notre système éducatif, et un certain nombre d’études sur la vie des élèves.

L’une d’entre elles m’a frappée : réalisée par l’Association de la fondation étudiante pour la ville, elle porte sur le rapport difficile que les collégiens des milieux populaires ont avec l’école : plus des trois-quarts d’entre eux y vont à reculons, une bonne partie des élèves souffrent d’inquiétude, de troubles du sommeil ou de maux de ventre. Ils voient le collège tour à tour comme un lieu d’ennui, d’humiliation ou de violence.

Beaucoup reste à faire pour l’école. Depuis 2007, le Gouvernement a réformé en profondeur l’Université, en la mettant sur la voie de l’autonomie ; il a recentré les programmes du primaire sur les acquis fondamentaux, il a amélioré le niveau de recrutement des enseignants (Master 2) et il a transformé le bac professionnel.

D’autres chantiers viennent d’être ouverts. Celui, indispensable, des « rythmes scolaires » : en France, nous soumettons nos enfants à des journées de travail beaucoup trop lourdes. Le nombre annuel de cours est très élevé par rapport à celui de nos voisins, mais le nombre de jours de cours est très faible. Le résultat de l’équation est simple : nos journées d’école sont épuisantes. Quant aux résultats scolaires de nos enfants, ils sont bien loin d’être les meilleurs de l’Union européenne.

Il faudra bien que l’on prenne un jour la décision de rallonger la semaine, de ne pas s’en tenir mordicus aux « quatre jours » et d’accepter de perdre une ou deux semaines de vacances dans l’année.

D’autres chantiers devraient être ouverts. Celui du collège, avant tout, dont on se dit qu’il pourrait gagner à être plus autonome, avec des équipes pédagogiques plus stables et plus soutenues. Plus accueillant et moins anxiogène pour les élèves ; plus attentif à la variété des parcours et des aptitudes. Nous devons débattre de ces questions, qui concernent tout autant l’institution scolaire que les familles, les pouvoirs publics et, au premier chef, nos enseignants. Sans doute faudra-t-il réfléchir à nouveaux frais à leurs missions et à la manière de revaloriser leurs carrières, dans tous les sens du terme. Ce sont quelques unes des questions dont le Mouvement Populaire traitera à la mi-novembre, lors de son premier grand « Rendez-vous » public, qui sera intitulé « Tout commence par l’éducation ».

Le Forum sur la gouvernance de l’Internet a l’âge de raison

Jeudi 23 septembre 2010 à 21:07 10 commentaires

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La semaine dernière, voyage éclair à Vilnius, en Lituanie, avec une délégation composée de spécialistes de la gouvernance de l’Internet. Après Charm el-Cheikh l’an dernier, c’est la deuxième fois que je participais au Forum sur la gouvernance de l’Internet (FGI).

J’avais invité de précieux experts à se joindre à moi et m’accompagner à Vilnius : Mathieu Weill, le directeur général de l’AFNIC (le gestionnaire de l’extension Internet nationale « .fr »), Gérard Dantec, le Président du chapitre français d’ISOC (organisation non gouvernementale à l’origine de l’Internet), et Michel Combot, Directeur général adjoint du régulateur national des télécommunications, l’ARCEP. Une vieille connaissance, puisque Michel était encore il y a quelques mois mon directeur adjoint de cabinet.

Une bête étrange que ce Forum, totalement ouvert, sans véritable agenda, sans négociation, mais organisé tout de même sous l’égide des Nations Unies ; réunissant des milliers de personnes qui traitent de sujets décisifs, au cœur de mes préoccupations : l’avenir de l’Internet, le développement du cloud computing, la gouvernance des réseaux sociaux ou encore la supervision et la protection des infrastructures critiques de l’Internet.

Le FGI est issu d’un compromis entre les gouvernements, en 2005, à l’issue du Sommet mondial sur la société de l’information. À l’époque, ce compromis avait été jugé bancal.

Les discussions de ce Sommet tournaient autour de deux grands thèmes : la lutte contre la fracture numérique entre les nations et à l’intérieur des nations ; puis la possibilité de mettre en place une régulation ou « gouvernance » mondiale de l’Internet, devenu déjà indispensable à la vie démocratique comme au développement économique de tous les pays.

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La profondeur des images

Vendredi 3 septembre 2010 à 10:55 13 commentaires

Débat hier matin, à l’Université d’été du Medef, consacré aux images numériques. Nous étions réunis, avec des communicants, des universitaires, des industriels et des blogueurs, pour réfléchir au statut des nouvelles images, à leurs nouveaux usages numériques. Débat de société on ne peut plus actuel, sur la prolifération des images, leur fabrication ou leurs détournements, et la manière dont le citoyen fait face à cette abondance, chaque jour.

En regardant quelques images truquées, quelques fakes célèbres sur la toile, nous avons évoqué les inquiétudes légitimes que suscitent les nouvelles pratiques culturelles, notamment en matière d’information. L’image numérique inspire de la réticence ou de la crainte, parce qu’on la regarde comme un objet superficiel, facile à détourner, dont les sources sont souvent incertaines.

Les risques existent, oui, mais des réponses sont peu à peu données, une pédagogie des usages s’invente. J’ai insisté sur ce point, en évoquant notamment les chantiers en cours sur la protection des données, le droit à l’oubli ou bien encore la défense de l’anonymat, à laquelle je suis attachée.

C’était une manière de rappeler, aussi, que l’image numérique est sans doute bien moins superficielle ou éphémère qu’on le dit. Dans le numérique, ce qui est plat, c’est l’écran. L’image, elle, a une histoire, celle de ce qu’elle représente et celle, surtout de ses usages. C’est sa « profondeur ». Et nous avons tous besoin d’apprendre à la connaître, pour en faire bon usage.

La rentrée des valeurs

Mardi 31 août 2010 à 20:47 17 commentaires

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© Par jeunesump / FlickR

Rentrée studieuse à l’UMP, qui réunit ses équipes et ses élus à Port-Marly, dans les Yvelines.
Aujourd’hui, c’est le « Campus » des jeunes du Mouvement Populaire qui commence, autour de tables rondes, d’ateliers et de débats. L’ambiance est au travail et à la réflexion.
Elle l’était également hier, lors du séminaire consacré aux valeurs des Français. Autour d’universitaires, le bureau politique et les secrétaires départementaux du Mouvement ont débattu des valeurs, de celles qu’il nous revient de défendre, de celles dont l’historien que nous écoutions expliquait qu’elles sont la « vocation » de la droite républicaine et du centre. Le sens de l’État, l’exigence de la prospérité nationale, la défense des traditions et des mœurs sont l’ADN de la droite républicaine, commun à ses trois principales familles : la tradition gaulliste, les centristes et les libéraux.

L’UMP réunit depuis maintenant huit ans cette diversité de familles et de traditions, et elle a accueilli des personnalités et des sensibilités différentes, au fur et à mesure que notre mouvement s’est saisi d’enjeux nouveaux.

Je pense avant tout à l’environnement, mais il en existe d’autres, qui ont conduit l’UMP à s’ouvrir à des familles progressistes pour inventer son propre « pluralisme », celui qui anime Port-Marly depuis hier. Le Mouvement Populaire a huit ans. C’est une formation jeune, qui s’invente petit à petit un destin. Le socle en est solide : il s’agit donc de nos valeurs, de celles qui commandent notre action et qui nous distinguent de nos opposants de gauche, qui ne sont plus aujourd’hui qu’une force d’indignation.

Si notre majorité gagne les élections nationales, c’est parce que notre réalisme est crédible, parce que nous sommes jugés responsables, capables de prendre des risques, et capables d’assumer des mesures parfois impopulaires. Et c’est aussi parce que nous sommes jugés dignes de défendre la justice et l’équité.

Il va nous falloir tenir fermement à nos valeurs, à ce que les citoyens attendent de nous. Notre action politique, celle de l’UMP comme celle du gouvernement, s’efforce de concilier deux aspirations : l’encouragement de l’effort et des initiatives individuelles, et l’exigence de justice sociale et d’équité. La vérité est notre affaire. Qu’elle soit dure à entendre ou que la franchise soit risquée ne doit rien y changer, y compris lorsque nous rencontrons des difficultés ou lorsque nous nous trompons (ce qui nous arrive). Nous tenons à la vérité, nous tenons à la responsabilité et nous tenons à la justice. Ce sont trois valeurs qui sont à la fois dotées d’une charge affective puissante, d’une dimension universelle et « transcendante », qui sont accessibles et capables d’orienter une action politique. Elles seront au principe des futures campagnes électorales et du contrat que notre candidat devra passer avec les citoyens lors des élections de 2012.

D’ici-là, notre réflexion va se poursuivre de la manière la plus populaire qui soit, à travers une série de consultations de débats à différentes échelles, que nous organiserons dans tout le pays, dès le mois de novembre. Notre action gouvernementale va se poursuivre, elle aussi, sans perdre de vue le cap des réformes nécessaires qui est notre mandat depuis 2007.