Tribunes

Trois clés pour une croissance durable | Le Monde 27.12.2011

Mardi 27 décembre 2011 à 18:01 2 commentaires

Le « métier » d’acteur de la vie publique nous impose un double défi. Le premier, de plus en plus vampirisant, est la maitrise des enjeux de court-termes. Elle se joue dans un présent instable et appelle une gestion qui s’exerce sous le diktat de l’urgence, et qui avec la crise atteint son paroxysme. Le second défi, tout aussi exigeant consiste à…inventer l’avenir, à se doter de l’imagination et du recul nécessaire pour tracer des perspectives. Condition sine qua non pour redonner confiance aux Français.
Aujourd’hui, nous sommes nombreux à penser que l’impact de la crise qu’affrontent la France et l’Europe s’étend au delà des sphères économiques et financières. Cette crise incarne la première expression d’un bouleversement des modes de production et du style de vie qui furent dominants depuis 1945. Une société émerge qui sonne les prémices d’un nouvel âge de la mondialisation. Une mondialisation repensée et plus juste, qui place les femmes et les hommes en maitres de leurs destins.

Le temps d’une mondialisation pourvoyeuse de produits standardisés s’achève. La consommation à outrance a vécu. La course aux matières premières et au travail à bas prix s’épuise et nos modèles de solidarité s’essoufflent. Au sein de la société, une inquiétude sourde cohabite avec un puissant désir de changement. En clair, la crise nous oblige à la projection. Pour ma part, je trouve cet impératif stimulant.

Ecartons d’emblée les solutions avancées par certains et qui sont autant de miroirs aux alouettes : aucun populisme de droite ou de gauche ne tiendra ses promesses. A l’inverse, je suis convaincue que l’action de notre gouvernement, notamment avec le Grenelle de l’environnement, a accompagné et même anticipé le désir de créativité qui caractérise la France. C’est la voie sur laquelle nous devons poursuivre notre action. Elle passe par une triple exigence refondatrice, celle de la sobriété, de la proximité et de la qualité.

La sobriété est devenue un impératif. Familiarisée et désormais façonnée par la préoccupation écologique, la France est, au quotidien, engagée dans une éthique de la tempérance. La raréfaction des ressources naturelles et les pollutions menaçant les équilibres vitaux de notre planète sont des contraintes assimilées par tous, en même temps que l’écologie est devenue une évidence pour tous.
A la consommation capricieuse fondée sur les effets de mode doit succéder une consommation éclairée. Elle trouve ses fondements dans le simple bon sens, comme le respect des saisons pour les produits alimentaires ou le choix des biens d’équipement les moins énergivores comme les plus robustes. En tant que Ministre de l’Ecologie, ma priorité est de proposer des outils pour que chacun puisse mettre sa consommation au diapason de ses convictions. A Cette fin, j’ai lancé une expérimentation pour afficher les impacts écologiques de plus de 1 000 produits de la vie courante. Et sur le terrain de l’obsolescence programmée des équipements, je milite à Bruxelles pour l’allongement des durées de garantie.

La sobriété passe également par les économies d’énergie. Elles participent de l’indépendance de la France vis-à-vis des importations de matières premières aux prix voués inexorablement à la hausse.

En instaurant notamment de nouvelles normes thermiques sur le bâtiment, le gouvernement a engagé ce mouvement. Mais nous pouvons encore le renforcer car de nombreux gisements restent à exploiter.

Sur l’ensemble de ces terrains, l’intervention de l’autorité publique est légitime et déterminante pour permettre à chacun d’avoir prise sur l’organisation des flux de matières et une meilleure maitrise de son pouvoir d’achat.

La modernité se nourrit d’un paradoxe. La référence récurrente à une identité précise répond à la déferlante d’une production « dépersonnalisée ». Comme si la conscience du terroir était seule apte à corriger l’anonymat des mégapoles. A mon sens, il traduit un besoin, d’une grande force émotionnelle et culturelle, celui de la proximité. C’est vrai sur le plan politique.

La réforme territoriale, engagée il y a un an par le gouvernement, organise le rapprochement de l’activité économique et des pratiques sociales en libérant les dynamismes locaux.

Les cercles concentriques de la proximité me paraissent essentiels parce qu’ils sont aussi corollaires du sentiment d’appartenance à la France. Pour être de Bordeaux ou de Bourgogne, les grands vins sont finalement identifiés comme français. Ces proximités s’additionnent pour former le creuset de la vitalité économique de notre pays, de l’emploi local et de la force de notre lien social. En se débarrassant de toutes velléités d’uniformisation, en aidant chaque espace et chaque territoire à exprimer son talent, la mondialisation est une chance pour nos valeurs et nos identités.

N’en déplaise aux esprits chagrins, l’art de vivre à la française demeure. Il est l’expression d’un pays riche de son savoir-faire autant que de son faire-savoir, un pays envié et copié. La France excelle dans l’excellence. Edgar Morin a raison d’affirmer la suprématie de la qualité sur la quantité comme marque de notre temps, présent et futur. La France et ses partenaires européens excellent à maîtriser les technologies de pointe. Les Airbus, la fusée Ariane, le TGV, bien sûr, mais aussi l’industrie textile, les aciers spéciaux ou encore la recherche médicale. Avec la médaille Fields, remportée en 2010 par Cédric Villani, notre école de mathématiques talonne celle des Etats-Unis. L’exigence de qualité se perpétue, se renouvelle, pièce maitresse de notre dynamique économique.

En France, les premiers jalons de cette nouvelle croissance sont en place notamment avec le crédit impôt-recherche, le programme des investissements d’avenir et la réforme des universités. Nous devons poursuivre cet effort orienté pour l’essentiel vers notre jeunesse. La sobriété, la proximité et la qualité m’apparaissent comme les identifiants majeurs de notre dynamique politique pour construire ensemble notre avenir en cohérence et en responsabilité. Elles sont la clé d’une mondialisation assumée où la France et l’Europe ont toute leur place.

Aux premières heures d’un autre changement | Le Figaro 05.11.2011

Samedi 5 novembre 2011 à 10:15 Aucun commentaire

Dans ces moments de grands bruits, que nous reste-t-il ?

Notre regard doit se porter au-delà de l’actualité, des chiffres assénés, des bonnes raisons ou des mauvaises. Certains pensent que tout s’écroule et que l’on complote à la fin du monde, ou du moins de l’Europe. La dette est insupportable et le Front National agite la sortie de l’euro comme remède à tous nos maux.

Face à cette agitation dangereuse, et peu adaptée à la gravité des enjeux, je crois en la subtilité, comme mode d’agir, à la distance, comme mode d’interprétation, à la détermination pour ne pas trahir ses convictions.

Je crois à ceux qui sont en mouvement, qui tracent le chemin que d’autres n’auront plus qu’à suivre. Je crois à ceux qui travaillent à l’ouverture d’un nouveau chapitre de la construction européenne. Nous en sommes là. L’Europe en est là, à se reconstruire, discrètement, mais avec force, dans l’ennui d’une crise dont l’ampleur a surpris. 

Aujourd’hui Angela Merkel et Nicolas Sarkozy sont au milieu du gué. Couple politique tellement contemporain, ils se lèvent et affrontent cette crise mondiale depuis des semaines et des mois. Ils fabriquent à nouveau l’endroit de nos fiertés, de nos identités, une Europe qui, depuis le sommet de Nice et les égarements d’un référendum maladroit, était en panne. La voilà, au premier rang à nouveau. Grâce à eux deux. On ne parlait plus de cette Europe que pour en préparer la chute. Et c’est tout le contraire qui advient. 2011 est à l’image de 1989 : c’est une année de reconstruction.

L’épreuve passe par l’Euro. Je comprends le désarroi américain, la haine accumulée par certains depuis 1992 face à l’apparition de l’Euro, nouvelle monnaie à statut mondial, et à la nécessité du partage depuis vingt ans de la richesse, du pouvoir et de la parole. Je comprends nos hésitations, nos peurs.

Mais nous devons garder le cap. C’est difficile. Tant de voix, autrefois sages, résonnent pour que la Grèce sorte de la zone Euro. La mienne ici peut paraitre bien frêle, elle porte mon engagement : la démocratie, la solidarité, la paix. Car, enfin, l’Europe, c’est tout cela. Lui tourner le dos, c’est prononcer le cataclysme, entrer dans une période noire, où la ruine dévasterait tout ce à quoi nous tenons.

Je le redis : nous sommes en reconstruction. Aucune révolution n’ignore le passé, ni les traditions. Elle ouvre un temps nouveau, une éclosion d’évènements en préparation. Or, depuis plus de dix ans, nous sommes submergés par les changements. Intuitivement, nous avons regretté l’immobilisme des années passées, à commencer par le gouvernement Jospin. Nous avons attendu la rupture. Depuis cinq ans ce qui a été fait est colossale : le Grenelle, la réforme des Universités, des retraites et tant d’autres bouleversements. La France est complexe. Hésitante. Entre modernité et refus.

Nous n’avons pas besoin de normalité, de banalité, de mollesse d’un nouveau et éternel radical-socialisme. Nous voulons encore un grand changement. Plus de justice. Sujet complexe, d’équilibres nombreux et subtils. Mais incontournable. Plus de sûreté, comme nous le savons très bien, la chaine des sécurités indispensables à notre tranquillité, à nos espoirs, est infinie et s’écrit chaque jour. Plus de tonicité, de fougue, de créativité. La question centrale de notre modèle de croissance, la vitalité de notre industrie, de l’accès à l’emploi.

L’aventure ne peut que renaître. Elle est là. La relance de l’Union en est un symptôme. Un déclencheur. Nous allons passer par cette case, serrer les coudes, sauver l’Euro, la Grèce, même si par moments, nous avons le sentiment et la volonté de le faire contre elle-même. Nous allons nous prendre en mains, croire en notre destin. Et nous n’avons pas le choix. Des pays énormes, émergents, aux populations gigantesques frappent à nos portes. Nous devons dans la compétition mondiale être les meilleurs. Certains aimeraient se cacher, proclamer la « démondialisation » mais les fausses murailles s’effondrent toujours.

Je veux combattre la tentation du pire. Ceux qui ont perdu tout bon sens politique et qui par leurs chahuts tentent de nous interdire d’entendre la vibration du monde. Les Français sont à l’aube d’un grand moment de débats, de choix. Ils savent trouver la voie. Mais pour cela ils ne doivent renoncer à rien de ce qu’ils ont su créer, organiser, maitriser, imposer. Au premier rang de tout, depuis 1957, l’Europe est l’enjeu.

Agir sur les écarts de salaire pour améliorer la retraite des femmes | Le Monde 04.10.10

Lundi 4 octobre 2010 à 16:48 2 commentaires

Co-signée avec Eric Woerth, ministre du travail, de la solidarité et de la fonction publique ; Nora Berra, secrétaire d’Etat chargée des aînés ; Nadine Morano, secrétaire d’Etat chargée de la famille et de la solidarité ; et Georges Tron, secrétaire d’Etat chargé de la fonction publique.
___________

Les inégalités de retraite entre les hommes et les femmes demeurent une injustice criante, c’est une évidence et c’est inacceptable. La réforme des retraites voulue par le président de la République est l’occasion de progresser ensemble sur cet enjeu de société. Mais, pour apporter les bonnes réponses, nous devons sortir des schémas qui ne correspondent plus à la réalité. La situation des femmes qui partent à la retraite aujourd’hui n’est plus la même qu’il y a vingt ans. Si nous voulons agir sur les vraies causes des inégalités de pension, nous devons encore combattre bien des idées reçues.

Première idée reçue : « Il n’y a eu aucun progrès. » Or l’écart entre la retraite d’une femme et celle d’un homme s’est réduit de 25 points en vingt-cinq ans : une retraitée de 80 ans a aujourd’hui une pension inférieure de près de 58 % à celle d’un homme, alors que pour une retraitée de 60ans, cet écart est désormais de 33 %. Naturellement, le fait qu’il subsiste un écart entre la retraite d’un homme et d’une femme est en soi intolérable.

Deuxième idée reçue : « Les femmes n’ont pas assez de trimestres, c’est pour cela qu’elles ont des retraites plus faibles. » C’était vrai hier, c’est de plus en plus faux. Les femmes ont maintenant des carrières d’une durée équivalente à celle des hommes. L’une des raisons en est que notre système de retraite comporte de nombreux dispositifs de solidarité, notamment en faveur des femmes. Sait-on que les femmes qui s’arrêtent pour élever leurs enfants valident quand même des droits à la retraite ? C’est un effort de la solidarité nationale de 4,5 milliards d’euros par an, et près de 2 millions de personnes en bénéficient chaque année. Dit-on suffisamment, aussi, que les femmes qui ont eu des enfants bénéficient d’une majoration de durée d’assurance de deux ans pour chaque enfant ? Nous avons voulu aller plus loin pour mieux prendre en compte la situation des mères de famille. Aujourd’hui, le fait d’avoir été en congé maternité peut faire chuter la retraite, parce que les indemnités touchées à la place du salaire pendant cette période sont exclues du calcul de la pension. Avec le texte que propose le gouvernement, cela ne sera plus le cas.

Troisième idée reçue : « La plupart des femmes doivent partir à la retraite à 65ans et, avec le projet du gouvernement, elles devront travailler jusqu’à 67 ans. » D’abord, ne confondons pas deux choses très différentes. L’âge où l’on peut prendre sa retraite à taux plein, c’est 60 ans aujourd’hui et ce sera 62 ans demain. C’est le cas pour une majorité de Français, quel que soit leur sexe : aujourd’hui, plus de 60 % des assurés prennent leur retraite à 60 ans et à taux plein. Quand on dit que le projet du gouvernement, c’est de faire passer le taux plein de 65 ans aujourd’hui à 67ans demain, on se trompe. 65 ans, c’est autre chose : c’est l’âge à partir duquel il est possible de partir à la retraite sans décote, c’est-à-dire sans pénalité, même sans avoir tous ses trimestres. Si l’on choisit de partir avant, on subit une décote, c’est-à-dire une minoration de sa pension. Grâce à l’allongement de la durée de la vie, nous avons la chance de pouvoir profiter plus longtemps de notre retraite : de même que nous relevons un peu l’âge de départ, il est logique de relever cette deuxième borne d’âge, qui passera à 67 ans en 2023.

Lire la suite…

La réforme, une affaire de courage | Le Figaro 29.09.10

Mercredi 29 septembre 2010 à 11:43 3 commentaires

La rentrée politique qui s’achève a livré quelques enseignements. Je veux en retenir cette leçon : notre pays est vivant.

La rentrée ne s’annonçait pourtant pas sous les meilleurs auspices. Une avalanche de polémiques insensées n’en finissait plus de poursuivre Éric Woerth, quand le débat sur la réforme des retraites peinait à être engagé. Les acteurs de la vie publique étaient pris au piège de ce détournement d’actualité, sommés de se prononcer chaque jour sur les péripéties d’une « affaire » dont tout le monde voyait bien qu’elle était grossie et entretenue pour qu’on ne s’intéresse pas à l’essentiel : l’examen de la réforme des retraites. « Tout le monde » ? Peut-être pas. Dans les rues de Longjumeau, dont je suis maire, les conversations ne portent pas sur le sort de tel ou tel personnage public. Il est bien question en revanche des retraites. Des inquiétudes légitimes que certains éprouvent à l’idée de devoir travailler plus longtemps, et des questions que tous se posent sur la manière dont cette réforme d’ensemble affectera leur parcours personnel, le calcul de leur pension ou la prise en compte des particularités de leur métier. Le débat parlementaire qui s’est ouvert la semaine dernière est un véritable débat de société : il concerne tous les citoyens et il a été préparé par un dialogue social entre les élus, le gouvernement, les partenaires sociaux et les corps intermédiaires. Les termes de ce débat et les positions sont aujourd’hui clairement identifiés. Les dernières études d’opinion dont nous disposons montrent toutes que les enjeux démographiques sont parfaitement admis. Notre espérance de vie s’est allongée, et notre système solidaire de retraites est de plus en plus financé par la dette. Il fallait y remédier, et le projet du gouvernement le fait en proposant des mesures d’âges et de financement dont on voit bien par comparaison avec nos voisins européens qu’elles sont raisonnables. Voilà du moins l’opinion de la majorité parlementaire qui a adopté mercredi en première lecture le projet de loi. Une partie de l’opposition dit ne pas la partager, et certains de ses responsables prétendent qu’ils reviendraient sur la loi si le pouvoir leur était confié. Certains seulement, puisque les plus démagogiques des promesses ne font pas l’unanimité dans leurs rangs et que l’on ne sait pas si elles répondent aux inquiétudes manifestées dans les cortèges il y a deux semaines.

Lire la suite…

Sûrs de nos valeurs pour une politique moderne | Le Monde 31.08.10

Mardi 31 août 2010 à 16:46 Aucun commentaire

Co-signée avec Benoist Apparu, secrétaire d’Etat, chargé du logement et de l’urbanisme et secrétaire national de l’UMP chargé de l’animation des débats et communautés numériques ; Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat chargée de l’écologie et conseillère politique de l’UMP et Laurent Wauquiez, secrétaire d’Etat chargé de l’emploi et conseiller politique de l’UMP.
___________

Exerçant chacun des responsabilités ministérielles au sein du gouvernement, participant à l’animation ou à la direction de l’Union pour un mouvement populaire (UMP), nos territoires électifs et nos mandats ont leur histoire et leur géographie particulières, nos parcours politiques ont suivi des voies distinctes.

Mais nous partageons tous le même engagement, au sein d’une famille politique dont nous avons la conviction qu’elle est la plus à même de faire face à la situation de notre pays, aux enjeux de l’époque et aux gigantesques défis de l’avenir. Défi, d’abord, du sens de la politique et de la vie commune, dans une société où le poids des inquiétudes et des contraintes pèse sur les initiatives, et où le bien-être se heurte aux excès du consumérisme et d’un capitalisme dérégulé.

Défi de l’Europe, face à la montée en puissance des pays émergents, dont la Chine, désormais deuxième puissance mondiale. Défi écologique, face à la raréfaction des ressources naturelles et au changement climatique. Triple défi économique, de la compétitivité, de la recherche et de l’emploi, afin de faire baisser durablement le niveau de chômage, d’exploiter tous les nouveaux gisements d’activité et de valoriser les talents de chacun. Défi de la dette publique, enfin, qui s’il n’est pas pris en considération, mettra à mal notre souveraineté nationale et notre modèle social de solidarité. Nous sommes donc à un moment de vérité.

Alors même que les responsables politiques, il ne faut pas se le cacher, sont fortement décrédibilisés aux yeux de l’opinion publique, notre génération a un devoir moral d’exigence, de sérieux, et d’engagement. Voilà notre responsabilité, à notre égard comme à l’égard des générations futures : nous devons réfléchir à la façon dont nous vivons en société, à notre conception de l’homme et du citoyen, à l’idée que nous nous faisons de la France.

Lire la suite…

« La valeur travail reste au cœur de nos convictions » | Le Figaro 30.08.10

Lundi 30 août 2010 à 12:50 2 commentaires

Les secrétaires d’État à l’Économie numérique et à l’Emploi, Nathalie Kosciusko-Morizet et Laurent Wauquiez, sont les rapporteurs du projet de l’UMP pour 2012.

Le Figaro. -Comment se prépare un projet comme celui de l’UMP pour 2012 ?

Nathalie Kosciusko-Morizet.-Notre conviction, c’est qu’une campagne aussi importante doit marcher sur ses deux jambes: notre crédibilité et notre vision. Cela passera donc par une période d’évaluation de ce que nous avons déjà fait pour asseoir notre crédibilité. Et par un travail de réflexion sur le projet que nous souhaitons présenter aux Français. Ces propositions, nous consacrerons l’année qui vient à les construire et à en débattre.

Laurent Wauquiez. -Le préalable à ce travail c’était bien sûr d’être au clair avec notre identité, avec nos repères, avec toutes nos valeurs. Certains voudraient faire croire qu’avec la crise, tout a été chamboulé et qu’il faudrait mettre un mouchoir sur nos valeurs. C’est tout à fait l’inverse. L’autorité, le sens de la nation, le sens du travail… Nos valeurs n’ont jamais été autant dans l’actualité. Nous assumons nos valeurs et nous renouvelons nos propositions.

Ce premier séminaire devait travailler sur les valeurs de la droite. Pourquoi l’avoir étendu aux valeurs des Français ?

L. W. -Tout simplement parce que nous devons partir des attentes des Français! Notre débat a permis d’en isoler au moins deux. La première, c’est le très grand besoin de justice et d’équité. Les Français sont prêts à faire des efforts, mais ils veulent que les efforts soient équitablement répartis. La deuxième attente concerne la place de l’individu. Les Français veulent qu’on les accompagne dans leurs projets, qu’on les épaule. Mais ils refusent l’individualisme exacerbé. C’est chacun son choix, mais pas chacun pour soi.

N. K.-M. -Une autre demande est sensible et récurrente: l’exigence de vérité. La crise a jeté une lumière crue sur un certain nombre de propositions de 2007. La tentation pourrait être de faire profil bas. Ce n’est pas notre intention. On ne change pas de valeurs à l’occasion d’une élection. La valeur travail, par exemple. Elle reste durablement au cœur de nos convictions et de notre action depuis 2007. Nous souhaitons la réaffirmer, mais nous devons aussi la réinterpréter en renouvelant nos propositions.

Lire la suite…

Pour éviter la grande braderie des terres agricoles | La Tribune 08.07.10

Jeudi 8 juillet 2010 à 15:00 1 commentaire

La vente massive de terres arables des pays pauvres aux pays riches qui en manquent pour assurer leur autonomie alimentaire, ou aux entreprises agroalimentaires, ne respecte pas ses promesses : l’intérêt des populations locales est ignoré, et celles-ci se retrouvent face à des hausses de prix agricoles, engendrant de fortes tensions sociales. NKM propose la création d’un label « agro-investissement responsable ».

Comment nourrir les 9 milliards d’habitants que comptera la planète d’ici à quarante ans ? Le défi peut sembler considérable il est pourtant à notre portée à condition d’investir massivement dans les filières agricoles des pays du Sud. Aujourd’hui, dans ces pays souvent frappés par la malnutrition et tributaires de l’aide alimentaire, il devient de plus en plus fréquent de vendre ou de louer à des puissances qui n’ont pas chez elles suffisamment de surfaces cultivables pour assurer leur autonomie alimentaire, ou à des entreprises étrangères des terres, des exploitations mais aussi des récoltes.

C’est pourquoi les investissements étrangers représentent souvent, pour l’agriculture des pays en développement, une perspective prometteuse. Les gouvernements espèrent ainsi améliorer l’emploi, augmenter le niveau de vie des campagnes mais aussi accroître la productivité et le niveau de production des denrées. Or, dans les années à venir, ces investissements seront également pratiqués par les pays européens, y compris la France. Car c’est ainsi que l’industrie agroalimentaire bénéficiera des avantages offerts par ces territoires en termes de climat et, bien souvent, de coût de la main-d’oeuvre, qu’elle assurera ses approvisionnements tout en s’affranchissant de la hausse prévisible des prix.

Lire la suite…

« Care », ou le triomphe des bons sentiments | Le Monde 14.05.10

Vendredi 14 mai 2010 à 15:26 Aucun commentaire

Martine Aubry hésite. Un jour, elle parle d’une retraite « à 61 ou 62 ans ». Un autre, elle cherche à se dédouaner de cette « gaffe » auprès de ses camarades et tourne le dos à l’exigence de solidarité pour sortir de son chapeau le concept de « soin ».

Elle explique alors dans ces colonnes qu’il est grand temps de faire de la société française une « société du soin », qui veillerait avec bienveillance au bien-être de ses aînés. Et elle installe au coeur de son projet le terme anglais de care, le soin, la sollicitude, qui avait été mis en avant il y a trente ans par Carol Gilligan, dans un essai de psychologie sociale féministe intitulé In a Different Voice.

Les femmes, écrivait-elle, font entendre dans leur rapport à la morale et à l’action une « voix différente », à la mesure du soin qu’elles prennent des plus vulnérables autour d’elles, enfants, malades, aînés. Carol Gilligan défendait à l’époque une morale « féminine », en expliquant que la vertu du care pouvait fonder une morale et une réflexion politique attentives aux sentiments sociaux et à la souffrance. L’ouvrage a suscité bon nombre de débats et d’objections depuis sa parution en 1982, et il est l’objet d’un intérêt renouvelé en France, où il a été récemment traduit (Une voix différente, Flammarion, 2008).

Martine Aubry s’est donc emparée du care comme d’un slogan prometteur. En vérité, rien de nouveau sous le soleil, sinon le retour à un discours de l’assistanat social et des bons sentiments, dont je doute qu’il rende justice aux femmes ni qu’il soit à la mesure du débat qui vient de s’ouvrir sur les retraites.

Lire la suite…

Ne pas oublier les réfugiés climatiques | Les Echos 18.12.09

Dimanche 20 décembre 2009 à 11:22 4 commentaires

Les effets ravageurs des excès de CO2 dans l’atmosphère sont déjà là : pas moins de 250 millions de femmes, d’hommes et d’enfants sont frappés chaque année par des tsunamis, des cyclones ou d’autres formes moins soudaines  de catastrophes climatiques, notamment la montée des eaux ou la désertification de certaines régions. Sous l’effet de telles catastrophes, les populations les plus démunies n’ont souvent pas d’autre choix que de fuir, au moins provisoirement.

Mais comment permettre à ces populations de vivre ailleurs dans des conditions décentes ? Depuis la convention de Genève de 1951, il existe un statut de réfugié politique, mais qu’en est-il du sort des migrants environnementaux ? C’est pour répondre à cette question que j’ai demandé au Centre d’analyse stratégique de mener une étude prospective sur ce que pourrait être le statut des réfugiés climatiques.

Le grand rendez-vous de Copenhague mentionne ces enjeux mais sans véritable perspective pour y remédier. Faute de véritable statut juridique, ces réfugiés climatiques risquent fort d’être des laissés-pour-compte de la communauté internationale. Selon le rapport Stern, 200 millions de personnes – soit une personne sur 45 – pourraient être qualifiées de migrants environnementaux d’ici 2050. Les régions les plus touchées sont l’Afrique (Sahel, Corne de l’Afrique, Afrique centrale), l’Asie centrale, du Sud et du Sud-Est, l’Amérique centrale et la partie ouest de l’Amérique du Sud. Mais ce sont les petits États insulaires dont l’existence est aujourd’hui la plus menacée. L’évacuation des îles Carteret de Papouasie-Nouvelle-Guinée a déjà commencé. Les villes côtières de tous les pays du monde, comme celles de la très peuplée baie du Bengale, seront très fortement touchées par la montée des eaux. Certaines populations sont aujourd’hui capables d’adopter des stratégies pour prévenir les changements climatiques, s’y adapter et organiser l’assistance aux populations. Mais d’autres, en revanche, bien plus vulnérables, ne peuvent se prémunir contre ces fléaux, à moins de partir.

Lire la suite…

Face au déclassement : ni déni, ni résignation | Le Figaro 24.07.09

Samedi 25 juillet 2009 à 13:02 1 commentaire

Le débat public français vient de se saisir de la question du déclassement. C’est une bonne chose. Le « déclassement », c’est l’inversion de l’ascenseur social. Si les générations se succèdent de telle sorte que les enfants sont mieux lotis que les parents, en termes de revenus, d’éducation ou de bien être, alors l’ascenseur monte. Dans le cas contraire, lorsque la génération des enfants perd en qualité de vie, l’ascenseur social descend : on est « déclassé ». La lecture de l’étude récente de Camille Peugny (Le déclassement, Paris, Grasset, 2009) m’a incitée à poursuivre l’examen de cette question, en sollicitant les experts du Centre d’Analyse Stratégique (CAS), qui viennent de me remettre leur rapport (« La mesure du déclassement. Associer une action et une pédagogie sur les nouvelles réalités sociales »). Leur travail corrige quelques idées reçues par trop alarmistes et il plaide pour un triple refus : celui du déni, celui de la dramatisation et celui de la résignation.
Le phénomène de déclassement existe et il progresse : il a augmenté ces dernières années (on compte aujourd’hui 22 à 25% de déclassés), et il est accentué par un déclassement de type contextuel, lorsque des enfants exercent une profession semblable à celle de leurs parents, mais avec des contraintes sociales plus fortes et des moyens qui s’en trouvent proportionnellement amoindris. Il s’agit donc d’une réalité objective, qui affecte une partie non négligeable de la population ; il s’agit également d’une réalité subjective, parce que la crainte du déclassement est diffuse. Il fallait donc en prendre une mesure exacte, sans déni. Mais l’ascenseur fonctionne encore en France : la mobilité ascendante des générations reste majoritaire. À la différence de ce que l’on observe dans de nombreux pays développés, les classes moyennes maintiennent leur position. Pas de dramatisation, donc, et pas davantage de résignation, parce que l’action publique n’est pas dépourvue de ressources. C’est l’objet du rapport que de le montrer, en proposant quelques pistes. Je voudrais toutefois attirer l’attention sur deux de ses leçons : l’une concerne la manière dont les jeunes perçoivent leur avenir, l’autre le statut des femmes.

Lire la suite…