Menant une prospective sur le débat d’idées politiques à l’étranger, j’essaie d’être attentive aux regards novateurs sur la société et l’action publique que proposent nos voisins européens.
J’ai suivi par exemple la campagne victorieuse des « Tories » britanniques et pris la mesure du travail considérable et original qu’avait réalisé en à peine plus d’un an le think-tank « ResPublica ». J’ai reçu hier son directeur, Phillip Blond, qui a publié l’an dernier un manifeste politique ambitieux : Red Tory.
Phillip Blond est un universitaire, théologien et philosophe enthousiaste, et il a donné aux Conservateurs britanniques l’essentiel de leur dernier programme électoral, celui de la « Big Society ».
Dans Red Tory, Blond dresse un état des lieux très sombre d’une société anglaise morcelée et fragmentée (« a broken society », écrit-il). Il explique que les gouvernements de droite comme de gauche portent la responsabilité partagée de cette destruction, soit parce qu’ils ont encouragé la confiscation du capital par une élite (sous les gouvernements de Mme Thatcher), soit parce qu’ils ont mené une politique socialiste de dépense publique orchestrée par l’État (avec les Travaillistes du Labour).
Dans les deux cas, ces gouvernements ont produit un même effet dévastateur : ils ont privé les classes populaires d’un accès à la richesse nationale, et ils ont détruit les corps intermédiaires et les communautés locales, qu’elles soient syndicales, associatives ou familiales, pour abandonner les individus au seul secours d’un État de plus en plus bureaucrate et lointain. La société « cassée », selon Blond, c’est une société où les individus sont privés de force collective.


