Japon

Avec les Japonais, sous la pluie

Mardi 5 avril 2011 à 11:54 32 commentaires

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© R. Meigneux

Je reviens du Japon, après trois jours entre Tokyo et Sendai, là où le tsunami a frappé il y a trois semaines. Je suis arrivée à Tokyo depuis Nankin, le 31 mars dans l’après-midi, avec le Président Sarkozy qui voulait aller en personne assurer les Japonais et leurs gouvernants de notre solidarité. Le Premier Ministre japonais, Naoto Kan, nous a dit sa satisfaction au moyen d’un proverbe : « les vrais amis sont ceux qui viennent sous la pluie ».

Nous lui avons proposé une coopération que nous souhaitons utile, à la fois en temps de crise et pour la sortie de crise, notamment en matière de traitement des eaux contaminées, grâce par exemple à l’utilisation d’argile artificielle. Nous venions offrir l’aide de la France, mais aussi du G8 et du G20 : lors du sommet du G8, qui aura lieu à Deauville en mai, le premier Ministre japonais sera le premier orateur, pour que l’ensemble des Nations soient informées de l’évolution de la situation. Devant la communauté française vivant au Japon, le Président de la République a rappelé que l’accident de Fukushima est une catastrophe mondiale, qui nous concerne tous et à laquelle nous allons devoir trouver des réponses mondiales. Devant nos compatriotes, le Président m’a chargée d’organiser une conférence des autorités de sûreté nucléaire des pays membres du G20, pour renforcer les normes internationales en matière de sûreté.

Je suis restée au Japon pour y exprimer à tous mes interlocuteurs la solidarité de la France et pour leur dire, aussi, l’admiration que nous inspire le courage d’un peuple frappé par un enchaînement de catastrophes inédit dans l’histoire de l’humanité. Le tsunami, le séisme, l’accident nucléaire, tout ce à quoi le Japon fait face est ahurissant. Mais il fait face, avec calme, dignité. Les gens se serrent les coudes, comme nous avons pu le voir dans l’un des centres d’accueil de réfugiés, installé dans un grand gymnase de la banlieue de Tokyo. Je suis restée au Japon pour leur délivrer ce message et pour mieux identifier les besoins, en voyant quel type de coopération nous devons envisager pour les semaines qui viennent.

J’étais accompagnée d’une délégation qui représentait tout l’éventail de l’expertise française en matière nucléaire. Avec Bernard Bigot, administrateur général du commissariat à l’énergie atomique et aux énergies renouvelables (CEA) ; Jacques Repussard, le directeur de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) ; Philippe Jamet, commissaire de l’Autorité de Sûreté nucléaire (ASN). Dans des conditions difficiles, l’Ambassade a réussi à organiser une série d’entretiens et de visites extrêmement riches, en nous permettant d’abord de rencontrer les acteurs du nucléaire japonais : commission de la sûreté nucléaire, commission de l’énergie atomique, conseiller spécial du premier ministre en charge de la supervision de Tepco. L’occasion de confronter nos informations et nos analyses sur les causes de l’accident et la manière dont on y fait face. L’une des leçons que l’on doit déjà en tirer : il faut diversifier les sources d’alimentation énergétique des dispositifs de refroidissement des réacteurs. Quant à la situation : chacun espère une stabilisation de la situation, mais la crise ne prendra pas fin avant des semaines, voire des mois. La France propose d’apporter son aide. Je rencontre des experts du CEA et d’Areva qui vont travailler directement avec les Japonais.

Nous poursuivons les entretiens avec les membres du gouvernement, dont mes homologues. M. Matsumoto, le Ministre de l’environnement, et M. Ohata, Ministre de l’aménagement, des transports, des infrastructures et du tourisme. Ils m’expriment leur reconnaissance pour l’aide que la France a apportée au Japon, en matière de sécurité civile notamment. Je propose à mon collègue de céder au Japon nos crédits carbone excédentaires, si son pays se retrouvait contraint, en 2011, d’assurer son approvisionnement électrique avec davantage d’énergies fossiles.

Nous avons pu rencontrer également les entreprises françaises, qui pour certaines d’entre elles vont exporter avec difficulté des marchandises fabriquées au Japon. Il faudra les aider et faire que l’économie japonaise ne subisse pas une double peine, en étant suspectée d’exporter des produits pollués. C’est ce dont nous avons discuté également avec des parlementaires japonais, très francs et très directs dans leurs questions, n’hésitant pas à se montrer critiques à l’égard du gouvernement et de Tepco.

Nous avons quitté Tokyo pour Sendaï au petit matin. Sendaï où ont été prises les photos que nous avons tous vus dans nos journaux. Il faut cinq heures de bus pour se rendre sur place. L’expert de l’IRSN, qui nous accompagne avec son équipement et mesure la radioactivité sur la route, nous donne des informations rassurantes ; y compris lorsque nous nous trouvons à une quarantaine de km de la centrale de Fukushima.

A Sendaï, je rencontre la maire, qui demande une aide de la France en matière agricole, pour désaliniser l’eau des rizières submergées par le tsunami. Je sais que des organismes de recherche agricole français disposent d’expertise en la matière. Je déjeune avec les quelques  membres de la communauté française restés à Sendaï avec le directeur de l’alliance française. Je visite un centre d’accueil de réfugiés.

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© R. Meigneux

La ville n’a été touchée que partiellement. Il y a un contraste très fort entre les premiers quartiers que l’on traverse et ceux des deux arrondissements proches de la mer. Là, c’est la désolation absolue. Des kilomètres de côtes dévastées, des voitures par centaines, renversées, compressées, enchevêtrées, qui jonchent le sol boueux. On commence tout juste à déblayer depuis quelques jours. Mais des ouvriers sont déjà au travail : ils reconstruisent des ponts. L’espoir est là, avec la vie qui reprend au milieu des décombres.

Retour à Paris, par le vol d’Air France qui fait escale à Séoul, pour changer d’équipage. Les pilotes d’Air France refusent de dormir à Tokyo. M. Ohata m’a fait remarquer à ce propos qu’il y dormait tous les soirs, comme 13 millions de ses compatriotes et plusieurs milliers de Français.

Des puces et des robots

Vendredi 20 février 2009 à 15:56 Aucun commentaire

Des puces et des robots

Photo : Olivier Ezratty

La journée commence par une rencontre avec les correspondants de la presse française au Japon. La crise est dans tous les esprits. A quelques heures de la fin de ce voyage d’étude, plutôt que de commenter l’actualité française, je m’efforce de concentrer mes réponses sur les premiers enseignements que je peux tirer de ce voyage, les forces et les faiblesses que j’ai perçues dans les modèles coréens et japonais, ce dont nous pourrions nous inspirer. Enfin, ce qui inspire mes interlocuteurs dans ce que fait la France dans ce domaine. Ce n’est pas un hasard si je suis partie dans ces deux pays pour mon premier déplacement officiel. Ils représentent à eux deux, en tous cas vus de France, la quintessence d’une politique de croissance par l’innovation et l’utilisation des TIC.

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1ère journée à Tokyo

Jeudi 19 février 2009 à 13:56 Aucun commentaire

1ère journée à tokyo

Moins de 2000 kilomètres séparent Séoul de Tokyo. Première excellente nouvelle le voyage fut court. Deuxième bonne nouvelle quelques degrés celcius différencient les deux villes et c’est en faveur de Tokyo. J’arrête ici les considérations touristiques.

Dès mon arrivée j’ai pu discuter avec des responsables économiques français du secteur des TIC. Toutes les entreprises qui comptent sont présentes au Japon soit à travers des filiales soit par des bureaux de veille. Leur regard sur les réalités japonaises du secteur est plus mitigé qu’on l’aurait cru vu de France. Les équipementiers japonais pourtant très puissants ont raté le tournant des téléphones mobiles. L’importance du marché local fait paradoxalement leur faiblesse : ils pensent d’abord à définir des standards différents qui les handicapent dans un deuxième temps à l’export. Sur la télévision mobile, les avis sont partagés. Est-elle correctement financée par la pub ? Ou est-elle toujours en recherche de son modèle économique ? En tous cas le choix qui a été fait est celui de la télévision mobile terrestre, assez logiquement pour le pays le plus câblé du monde.

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