Mercredi 3 février 2010 à 14:56

L’Inspection générale des affaires sociales vient de remettre à la Ministre de la Santé un rapport sur l’IVG, qui fait le bilan de la législation en vigueur et propose un état des lieux.
Peu réjouissant : un nombre beaucoup trop élevé de femmes, jeunes et moins jeunes, ont encore recours à l’IVG. Un peu plus d’une femme sur trois. Le diagnostic est d’autant plus accablant que 72 % des femmes qui ont eu recours à l’IVG utilisaient un moyen de contraception. Plus la contraception échoue, plus les IVG sont nombreuses.
Voilà qui n’est malheureusement pas nouveau, et le rapport montre avec précision que la situation est particulièrement difficile dans certaines régions ou certains milieux. Il montre également que le recours par défaut à l’IVG touche aussi bien les femmes adultes que les adolescentes, ce qui n’est pas rassurant. Il va donc falloir mener de nouvelles campagnes publiques et s’adresser en priorité aux jeunes filles, pour qu’elles soient, demain, des femmes plus averties.
Comme vient de le rappeler Roselyne Bachelot, il faut avant tout améliorer l’éducation sexuelle en milieu scolaire et favoriser l’accès à la contraception. Et si l’IVG s’impose parce que la contraception a échoué, alors il faudra que l’on facilite l’accès aux médecins et aux soins. Les agences régionales de santé auront un rôle important à jouer.
Il me semble surtout que le message pédagogique est essentiel et qu’il doit être adapté à ses destinataires, pour diminuer le nombre d’IVG et éviter qu’elle tienne lieu de contraception par défaut. Nous avons fait des efforts, en matière de sécurité routière ou d’addictions, pour améliorer l’impact des campagnes d’information sur les adolescents. Et pourtant, ça n’allait pas de soi : l’adolescent se croit immortel. Il faut pouvoir lui dire que boire et enfourcher une moto c’est mourir ou bien ne plus jamais retourner en discothèque que sur un fauteuil roulant. Il faut aller le lui dire dans les collèges, les lycées, les boites de nuit.
Ma comparaison est un peu brutale, mais je crois que l’éducation sexuelle doit relever un défi semblable : il faut qu’elle puisse s’adresser aux jeunes, filles comme garçons, en trouvant les explications et les messages qui correspondent à leur perception de la sexualité, qui n’est plus celle de leurs parents.
Vendredi 30 octobre 2009 à 17:42

Le 19 octobre, l’économiste Daniel Cohen m’a remis au Centre d’analyse stratégique le rapport qu’il a dirigé sur les « nouveaux modèles de croissance ». C’est un travail solide mené par une équipe d’économistes, de sociologues et d’autres experts de renom. Ils ont cherché à analyser la portée de cette crise, à saisir les changements qu’elle annonce, aussi bien dans les habitudes de consommation que dans la nature des biens et les services qui vont être produits dans les prochaines années.
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Samedi 25 juillet 2009 à 13:02
Le débat public français vient de se saisir de la question du déclassement. C’est une bonne chose. Le « déclassement », c’est l’inversion de l’ascenseur social. Si les générations se succèdent de telle sorte que les enfants sont mieux lotis que les parents, en termes de revenus, d’éducation ou de bien être, alors l’ascenseur monte. Dans le cas contraire, lorsque la génération des enfants perd en qualité de vie, l’ascenseur social descend : on est « déclassé ». La lecture de l’étude récente de Camille Peugny (Le déclassement, Paris, Grasset, 2009) m’a incitée à poursuivre l’examen de cette question, en sollicitant les experts du Centre d’Analyse Stratégique (CAS), qui viennent de me remettre leur rapport (« La mesure du déclassement. Associer une action et une pédagogie sur les nouvelles réalités sociales »). Leur travail corrige quelques idées reçues par trop alarmistes et il plaide pour un triple refus : celui du déni, celui de la dramatisation et celui de la résignation.
Le phénomène de déclassement existe et il progresse : il a augmenté ces dernières années (on compte aujourd’hui 22 à 25% de déclassés), et il est accentué par un déclassement de type contextuel, lorsque des enfants exercent une profession semblable à celle de leurs parents, mais avec des contraintes sociales plus fortes et des moyens qui s’en trouvent proportionnellement amoindris. Il s’agit donc d’une réalité objective, qui affecte une partie non négligeable de la population ; il s’agit également d’une réalité subjective, parce que la crainte du déclassement est diffuse. Il fallait donc en prendre une mesure exacte, sans déni. Mais l’ascenseur fonctionne encore en France : la mobilité ascendante des générations reste majoritaire. À la différence de ce que l’on observe dans de nombreux pays développés, les classes moyennes maintiennent leur position. Pas de dramatisation, donc, et pas davantage de résignation, parce que l’action publique n’est pas dépourvue de ressources. C’est l’objet du rapport que de le montrer, en proposant quelques pistes. Je voudrais toutefois attirer l’attention sur deux de ses leçons : l’une concerne la manière dont les jeunes perçoivent leur avenir, l’autre le statut des femmes.
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