solidarité

Première journée nationale des aidants : ouvrir le chantier de la dépendance

Vendredi 8 octobre 2010 à 16:09 25 commentaires

colloque

© DICOM – DEACG Jean-Philippe Somme

Cette journée a permis pour la première fois de trouver ensemble les mots pour repenser le modèle social français, la « Fraternité » de la devise républicaine, les mots pour désigner les solidarités nécessaires à la vie quotidienne. Nous les avons trouvés dans le cas crucial des personnes atteintes de pathologies invalidantes. Le propre du modèle français, c’est que ces solidarités sont plurielles : nationale, professionnelle, mutualiste, assurantielle, bénévole et familiale. Leur articulation doit être soigneusement réfléchie pour ne pas conduire à un accroissement des inégalités.

Pour désigner les formes les plus concrètes de ces solidarités, celles qui engagent des personnes et non des mécanismes financiers, c’est le mot « aidants » qui s’impose désormais, et il s’impose au bon moment, à la veille du dernier grand chantier de réforme de ce quinquennat, le chantier des politiques de la dépendance.

Il est temps de voir en effet, derrière les questions financières incontournables, les personnes elles-mêmes, aidés et aidants.

Avec le concept d’aide, nous tenons une des traductions du concept anglais de « care » qui, en dehors de cercles très restreints, entraîne aujourd’hui malentendus et incompréhensions (la ville du Caire ? me dit-on lorsque par erreur j’utilise ce mot codé là où il n’a pas cours). L’aide engage une relation entre celui qui donne l’aide et celui qui la reçoit, une relation ambivalente, positive bien sûr, avec le dévouement, l’entraide, l’attention à l’autre, mais négative aussi, lorsque l’aide est servile ou que le don non adapté risque d’enchaîner celui qui le reçoit, de l’humilier, surtout lorsque pour des raisons de politesse ou de contrainte institutionnelle il est impossible à la personne aidée peut-être contre son gré de refuser ce don. Cette dimension humaine de l’aide, et ce n’est pas là son moindre paradoxe, se retrouve aussi dans le cadre d’un contrat de travail salarié ou d’une prestation marchande, qui ne l’effacent pas mais s’y ajoutent. D’où les difficultés des professionnels à mettre à distance la dimension intime de l’aide, car il faut s’en protéger, mais pas trop.

Le mot d’aidant a bien des vertus. Il franchit la barrière de l’âge inscrite depuis 1994 dans les pratiques administratives : dans la même situation, avant 60 ans on est une personne handicapée, après 60 ans on est une personne dépendante. Il surmonte les conflits potentiels entre les aidants familiaux et les aidants professionnels, mais aussi les inégalités de position et de carrière entre les professionnels de l’aide à domicile et les professionnels de l’aide en institution. Dernière vertu, et non des moindres, parler d’aidants, c’est parler de l’aide au masculin. C’est rompre avec la féminité supposée des aidants, vérifiée statistiquement, injustifiable idéologiquement. Sachons saisir ces opportunités.

L’aide n’est pourtant qu’un des trois niveaux du concept anglais de « care », les deux autres sont le choix des objectifs (de qui se soucier ?) et le choix des moyens (comment prendre en charge ?). En termes d’objectifs (les travailleurs et leurs familles), en termes de moyens (la Sécurité sociale à base professionnelle et familiale), la France a construit très tôt une solidarité nationale, même si nous en éprouvons aujourd’hui les limites. À quoi bon alors reprendre la conceptualisation américaine du « care », née dans un pays sans sécurité sociale ? Séparons plutôt ces trois niveaux pour tâcher d’être à la hauteur des grands constructeurs du droit et de la protection sociale qui nous ont précédés.

Parce que la langue est un fait social, et une arme pour penser et pour agir, les mots qui émergent aujourd’hui dans la langue française – aidants, solidarités – ont de quoi me rendre optimiste.

Pour sauver les retraites, soyons clairs et justes

Vendredi 30 avril 2010 à 17:31 14 commentaires

Institut sondage INSEE

Le Gouvernement, en concertation avec les partenaires sociaux, a engagé le débat et la réflexion sur la réforme des retraites. L’UMP a choisi, elle aussi, de faire de cette réforme essentielle un vrai débat. À la fin du mois de mai, nous organiserons une Convention sur les retraites, qui sera l’occasion de faire le point sur les enjeux et les propositions, et d’ici l’été, des réunions seront organisées dans chaque fédération, autour de tous les acteurs locaux.

La réforme des retraites est nécessaire : elle est la conséquence du vieillissement de notre population et de l’entrée plus tardive dans la vie active, deux facteurs dont on peut se réjouir. Elle résulte aussi d’un paramètre beaucoup moins enthousiasmant : les actifs sont moins nombreux, le système de répartition est en crise. Aujourd’hui, une retraite sur dix n’est pas financée.

Ce système, fondé sur la solidarité intergénérationnelle, nous y sommes tous profondément attachés. Il nous faut le sauver. C’est un choix de responsabilité politique et un choix de justice.

La réforme, qui en est donc aujourd’hui à sa phase de concertation, devra rééquilibrer un certain nombre de paramètres. Les quatre principaux d’entre eux, qui décident du montant des pensions, sont les cotisations des salariés (les « cotisations salariales ») ; les cotisations des employeurs (les « cotisations patronales ») ; la durée de cotisation ; et enfin, l’âge du départ à la retraite.

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L’énergie d’Haïti

Mardi 26 janvier 2010 à 18:04 7 commentaires

Flag Of Haiti

© Huebi – Fotolia.com

Haïti dévastée enterre ses morts et s’apprête à se relever, pour se reconstruire.
En deux semaines, l’île a connu le pire d’une humanité soudain privée de tout et laissée à elle-même, puis le meilleur du secours immédiat et de la solidarité internationale.

Les Haïtiens se sont porté secours entre eux, les Dominicains ont aidé leurs voisins, les États-unis, le Canada et l’Union européenne ont essayé d’acheminer au mieux une aide massive. Le meilleur n’est pas à la hauteur du désastre qui ne pourra être effacé en une semaine. Chacun sait qu’il faudra des dizaines d’années pour y remédier et que le deuil est immense ; quant au pire, il n’est pas absolu : les Haïtiens se redressent, la barbarie ne l’a pas emporté.

Ils mettent en œuvre ce que Dany Laferrière désigne comme une incroyable « énergie », dans un témoignage impressionnant que Le Monde a publié la semaine dernière. Laferrière était sur l’île lors du séisme : il est retourné au Canada, où il vit, pour témoigner, pour dire le courage et la dignité du peuple haïtien, et pour dire l’ampleur de la reconstruction.