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Les liens intergénérationnels et le monde qui vient

Mercredi 23 juin 2010 à 09:09 13 commentaires

le monde qui vient

© Marie Etchegoyen / Storybox Photo

J’ai animé hier matin à Sciences Po la séance inaugurale d’un séminaire de réflexion sociale et de prospective : « Le monde qui vient ». Sous ce titre presque poétique, un projet aussi simple que vaste : s’intéresser avec les meilleurs observateurs aux transformations qui sont en train de dessiner la société de demain. S’intéresser à ce qui vient et s’annonce, dès aujourd’hui. Je poursuivrai ce séminaire à un rythme régulier. La prochaine séance aura lieu à l’automne et sera consacrée au travail, à ses métamorphoses récentes et aux transformations du salariat.

Nous avons traité des « liens intergénérationnels », pendant plus de deux heures, avec deux sociologues : Jean-Pierre Le Goff et Louis Chauvel. Vous pouvez d’ailleurs trouver différents documents sur le site du secrétariat d’État, puisque nous avons réaliser quelques entretiens en marge de l’événement (un grand merci à Sciences Po pour son accueil).

Louis Chauvel a proposé un diagnostic très sombre et plutôt incisif du déséquilibre profond qui sépare aujourd’hui, en France, deux générations. Celle d’une jeunesse en grande difficulté devant l’emploi et le logement, et celle des seniors qui viennent de prendre leur retraite après avoir connu une période de prospérité autrement plus soutenue. La situation est donc critique, selon Louis Chauvel, qui estime que la France, comme d’autres pays latins, reste une société à « statuts » qui fait payer ses déséquilibres sociaux et économiques à la jeunesse. Le statut y est garanti à ceux qui en disposent, quand le coût des déséquilibres pèse sur ceux qui attendent parfois en vain d’en obtenir un : les jeunes.

Jean-Pierre le Goff a tempéré quelque peu ce portrait de générations opposées, en insistant plutôt sur le bouleversement des repères culturels et historiques qui gêne aujourd’hui la transmission. Les déséquilibres patrimoniaux ne sont pas l’essentiel des enjeux à ses yeux, là où en revanche la difficulté à transmettre perturbe les repères sociaux qui rythment la succession des générations. La continuité des âges de la vie est aujourd’hui heurtée ; le passage à l’âge adulte et au travail est à la fois retardé et difficile ; la stabilité conjugale et familiale est ébranlée. Ces bouleversements doivent être pris en compte : non pas pour revenir à un état antérieur de la société, ce qui serait vain, mais pour forger de nouvelles formes de transmission entre générations.

Nous avons débattu longuement, avec les deux intervenants et avec le public. Il m’a semblé important de rappeler que d’opposer les générations entre elles n’était pas de mise. Après tout, comme l’a concédé L. Chauvel, le rôle des retraités dans la formation des plus jeunes, dans le soutien financier des enfants et des petits-enfants, est aujourd’hui une forme de solidarité à la fois concrète et indispensable. Et les familles, qu’elles soient nouvelles ou recomposées, restent bien le lieu privilégié des liens intergénérationnels. Nous avons abordé ce matin un grand nombre de questions. La prochaine séance nous donnera l’occasion de poursuivre notre exploration de ce monde qui vient. Et de débattre.

Elisabeth Badinter et le féminisme d’aujourd’hui

Vendredi 12 février 2010 à 18:53 99 commentaires

Dans son dernier ouvrage, Le conflit, la femme et la mère, Elisabeth Badinter explique que la condition féminine est entrée dans une phase de régression (depuis les années 80′), et que sous les coups conjoints de la crise économique, d’une idéologie familiale réactionnaire et d’une écologie radicale, la femme est aujourd’hui contrainte d’être une « mère idéale », qui pour se réaliser doit avant tout élever et nourrir ses enfants, entre allaitement obligatoire et purées bios.
L’ouvrage fait une critique savoureuse de ce nouvel idéal maternel qu’on impose aux femmes pour mieux les faire rentrer au foyer.

E. Badinter me cite dans son livre et m’y désigne comme l’une des porte-parole de cette régression de la condition féminine. Je fais en effet partie de celles qui prônent une attention à l’alimentation des enfants, aux soins infantiles ou à la nourriture bio.

Voilà qui m’installe donc à la pointe de la réaction, où convergent selon elle le radicalisme écologique et « l’idéologie naturaliste » qui ne voudrait voir dans la femme qu’une mère. J’ai bien sûr de la sympathie pour la critique qu’E. Badinter fait du « maternalisme », c’est-à-dire de la façon dont la société, celle du pouvoir masculin, réduit la femme à son seul statut de mère. J’en ai d’autant plus que la génération d’E. Badinter a justement donné aux femmes la possibilité, la liberté, d’être autre chose qu’une épouse, autre chose qu’une mère.
Cette génération a combattu pour que les femmes, aujourd’hui, puissent avoir la liberté de choisir, entre la vie de famille et le travail, et la liberté, surtout, de choisir dans le temps, sans exclusion, de pouvoir travailler et de pouvoir être mère, par exemple.

C’est exactement pour cette raison que je ne suis pas convaincue par l’analyse qu’E. Badinter fait de la situation actuelle, et encore moins par ce qu’elle dit du souci environnemental. À ses yeux, l’écologie est un « naturalisme » nécessairement rétrograde, auquel elle demande qu’on oppose un « artificialisme » progressiste. Je trouve cela un peu rapide. Mais il est vrai que je ne suis pas philosophe.

Les femmes d’aujourd’hui sont aussi, pour bon nombre d’entre elles, des mères. Que ces mères aient envie, comme ça a été mon cas, d’allaiter leur enfant, qu’elles le fassent si et quand elles le peuvent, me paraît être une liberté importante. Je ne compte pas m’en priver au motif que Madame Badinter trouverait cela réactionnaire et qu’elle y verrait matière à dénoncer le mythe de la « femme parfaite ».

M’intéressant à la situation des femmes aujourd’hui et aux difficultés qui leur sont faites, je travaille pour ma part sur un certain nombre de questions qui me préoccupent plus que l’allaitement. Je pense notamment à l’évolution du rapport entre les « genres », à la dégradation des relations entre filles et garçons en milieu scolaire, au « plafond de verre » qui bloque les carrières féminines ou encore aux débats actuels autour du voile. De tout cela, dans ce livre « féministe », pas un mot n’est dit.

Des quotas faute de mieux

Mercredi 27 janvier 2010 à 16:18 17 commentaires

etatsgeneraux

La place des femmes dans les conseils d’administration est aujourd’hui au menu du déjeuner des États généraux de la femme. C’est le magazine Elle qui est à l’origine de cette initiative. Quarante ans après avoir lancé les premiers États généraux, Elle a lancé une nouvelle édition pour réfléchir aux problèmes des femmes d’aujourd’hui. Je ne peux que saluer cette initiative.

Le sujet au menu de ce mercredi n’est pas anodin : on compte en effet à peine 7 % de femmes siégeant dans les conseils d’administration des grandes entreprises ! Les autres pays ne font pas forcément mieux que nous. Ainsi, aux États-Unis, les femmes sont certes 45 % parmi les cadres, mais seulement 5 % à avoir accédé au statut de cadre dirigeant. Pis, les femmes n’occupent que 2 % des postes de PDG dans les 500 premières entreprises mondiales.

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Pour faire voler en éclat le « plafond de verre »

Mardi 3 novembre 2009 à 18:41 38 commentaires

plafonddeverre1000

Pourquoi les femmes parviennent si rarement aux postes à responsabilités ?
Sur ce plan, on pointe souvent du doigt le monde politique mais on oublie que le tableau est encore moins brillant dans le monde de l’entreprise. A peine 7 % des patrons de moyennes et grandes entreprises sont des femmes. Et dans les conseils d’administration des entreprises, elles ne sont également que 7 % à siéger ! Les autres pays ne font pas forcément mieux que nous. Ainsi aux États-Unis, les femmes sont certes 45 % parmi les cadres mais seulement 5 % à avoir accédé au statut de cadre dirigeant.

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