Depuis quelques années, un nouveau marronnier fleurit à chaque élection : le vote par Internet. Lorsque j’ai été chargée, comme Secrétaire générale adjointe, d’organiser les primaires pour les régionales à l’UMP, j’avais en mémoire la cacophonie de l’élection qui a porté Martine Aubry à la tête du PS, en novembre 2008. Précisément tout ce que je voulais éviter. Les contestations multiples, conséquences de l’absence de fiabilité des résultats, ont débouché sur une division des socialistes. Division qu’ils ont d’ailleurs payée cher, confère leur piètre score aux européennes.
J’ai donc beaucoup réfléchi à la question du vote électronique. S’il présente de nombreux avantages, il ne peut se substituer sans préparation au vote traditionnel. Trop de personnes, nos aînés en particulier, ne maîtrisent pas suffisamment l’informatique, ou tout simplement ne sont pas équipées. Le passage au vote électronique suppose d’imaginer de nouvelles règles.
C’est ainsi que j’ai opté pour le vote par internet mais avec une formule hybride : l’organisation d’un vote électronique permettant à la fois aux militants de voter de chez eux pendant une semaine ou depuis une permanence le week-end. Outre un aspect matériel non négligeable (s’assurer que les permanences soient connectées à internet, faire parvenir à chacun son identifiant), les conditions du vote doivent faire l’objet de nombreuses garanties. Ainsi un système anonyme, sécurisé et simple d’utilisation a été mis en place. Il a fallu également trouver une solution qui permette que chacun ne puisse voter qu’une seule fois afin d’éviter le bourrage des urnes virtuelles, grande crainte des candidats.
Le bilan de cette semaine du 16 mars 2009 s’est révélé globalement positif : les procédures ont été simplifiées (finie la corvée du dépouillement !), le coût de l’élection et le stress des organisateurs diminués. Mais surtout les résultats n’ont pas été remis en cause du fait de leur fiabilité.
Pour autant, ce qui est envisageable dans le cadre d’un parti peut-il être reproduit dans le cadre des grands scrutins nationaux ? L’enjeu est de taille. La logique d’affrontement partisan inhérente à la démocratie impose que le résultat d’une élection soit reconnu par tous. Se déplacer au bureau de vote reste un symbole fort de notre engagement républicain. Il permet de garantir que notre vote s’exerce sans pression et c’est bien cette garantie qui fonde en grande partie la légitimité de nos élus. Le vote par internet, tant que nous n’aurons pas apporté de solution à cette question, ne pourra donc remplacer, à grande échelle, l’isoloir. En revanche lorsque l’élection concerne un groupe clairement identifié et aux intérêts communs, alors je vote sans hésitation pour internet.

bboissin
21 octobre 2009, 10:51Le vote par internet, tant que nous n’aurons pas apporté de solution à cette question, ne pourra donc remplacer, à grande échelle, l’isoloir.
Vous auriez du expliquer ça aux parlementaires lors de l’examen du projet de loi sur le vote électronique à distance lors des élections des conseils des EPSCP: http://www.assemblee-nationale.fr/13/dossiers/vote_electronique_ep-culturels.asp
AymericPM
21 octobre 2009, 11:34Il existe aussi des arguments non techniques en défaveur du vote électronique (s’il devait en plus se faire à distance un jour).
1. voter en qualité de citoyen doit se distinguer de choisir en qualité de spectateur d’une émission de téléréalité. Si on tend à voter à l’avenir par SMS (pourquoi pas, un jour), alors il y aura une grande confusion de sens. N’ouvrons pas cette voie-là.
2. se déplacer et voter en même temps que les autres, c’est accomplir ensemble un geste de citoyenneté. C’est également souvent un premier contact pour les enfants. L’urne transparente montre la réalité des choses (et du nombre de votants).
3. revenir le soir participer au dépouillement est également encore un geste qui renforce le sentiment d’être présent pour sa commune, sa circonscription etc.
Ce n’est pas parce que la technique le permet, qu’il faut absolument le faire. N’allons pas vers le « je vote et puis j’oublie ». Refaisons du vote un véritable acte complet et plein de sens.